Philippe Brun va manquer
Brutalement exclu de la course à la présidentielle pour soupçon de harcèlement, violence et emploi familial, le député de l’Eure incarnait une jeune génération qui défendait à la gauche du PS une ligne populaire. Vice-président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée, il était aussi le plus capé en économie.
Philippe Brun n’est pas homme facile. Sa parole peut être cassante, et il peut se cabrer jusqu’à refuser de parler à un journaliste qui lui aurait fait une mauvaise manière. Il est un électron libre, qui ne penchait dans la bataille à laquelle se livrent les sociaux-démocrates ni pour Olivier Faure – dont il combat la ligne – ni pour Raphaël Glucksmann – qui n’est pas socialiste. Au second tour de la primaire de la gauche, il aurait vendu cher son ralliement, lui qui se sent plus proche de… François Hollande.
Au sein du Parti socialiste, il a toujours défendu une ligne plus à gauche. Homme de terrain, il devait créer l’école de l’engagement pour former les prolétaires à faire de la politique. Il s’était missionné pour récupérer la représentation des ouvriers, au sein d’un parti qui les a vus le quitter pour le Rassemblement national, lui seul député socialiste de l’Eure qui en compte quatre autres du RN. Il avait aussi mené le combat pour secourir les familles monoparentales. Et afin d’ouvrir le jeu aux plus modestes, il avait défendu, pour la primaire socialiste, un ticket de participation à 2 euros, contre l’avis de son courant qui en a imposé 15.
Philippe Brun écarté de la primaire
« Je suis plus socialiste qu’eux », a-t-il lâché lors de la conférence de presse qu’il a tenue à l’Assemblée nationale pour tenter de défendre son honneur et sa dignité alors qu’il vient d’être exclu de tous ses mandats au Parti socialiste où il entend rester : la candidature à la primaire pour laquelle il avait obtenu ses parrainages ; la vice-présidence de la Commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale à laquelle il est remplacé ; et aussi la possibilité de siéger comme député dans le groupe socialiste qu’il doit quitter pour les non-inscrits.
Soupçonné de harcèlement, de violence et d’emploi familial, des motifs susceptibles de poursuites pénales, à la suite de déclarations faites à la direction du Parti socialiste par son ex-collaboratrice, Philippe Brun va devoir se défendre. Depuis le mois de juillet, deux commissions du PS, celle des conflits et celle de la lutte contre les harcèlements, enquêtent après avoir été saisies des faits. Pendant l’été, un bruit de fond négatif se propage dans le landerneau sur les relations entre Philippe Brun et son ex-collaboratrice.
Mardi soir, à 23 h 50, la veille de la validation des candidatures à la primaire, celle-ci appelle la direction du parti pour s’offusquer de la présence de Brun. Le lendemain matin, Johanna Rolland propose au vote du Bureau national la « suspension à titre conservatoire » de Philippe Brun. Lui seul vote contre, trois membres s’abstiennent. Sans pour autant lever la main, personne d’autre ne bronche. Philippe Brun dénonce sa « mise à mort » politique sans avoir pu se défendre.
Une éviction qui secoue le PS
La brutalité de son éviction provoque, au sein du parti, une stupéfaction gênée. « Nous ne pouvons pas être demain incarnés dans une présidentielle par quelqu’un qui serait accusé d’avoir été violent », dit Olivier Faure sur BFMTV. Les affaires Julien Bayou chez les Verts ou Adrien Quatennens chez LFI rôdent. Chacun reste prudent…
C’est donc sans grand regret que les autres candidats à la primaire de la gauche voient leur nombre se réduire de six à cinq. Personne ne se plaint que les quelques pourcents de voix qu’aurait gagnés Philippe Brun soient remis au pot. Pourtant, lors des trois débats télévisés qui opposeront les candidats en lice, les 23 septembre, 1er et 4 octobre, nul doute que sa voix manquera.
Une expertise économique absente des débats
Au sein du Parti socialiste, il est peut-être celui qui maîtrise le mieux les questions économiques. C’est lui qui avait élaboré le contre-budget de la gauche l’an dernier pour l’opposer à celui que proposait alors Sébastien Lecornu. Au cœur de la machine, il a œuvré à rapprocher les points de vue entre la gauche et les services de Bercy. Au moment où la crise des carburants s’emballe et où apparaît l’impuissance des gouvernements à la juguler, son expertise va manquer. Tout comme sa sensibilité populaire alors que la crise sociale du pouvoir d’achat de ceux qui ne peuvent plus payer les prix à la pompe s’enflamme. Nul ne sait encore ce qu’il adviendra de l’affaire sur le plan judiciaire. Mais il en restera, à coup sûr, un gâchis politique.



