Pourquoi Ségolène Royal a pourri la primaire
Décidée à saboter la candidature de Raphaël Glucksmann qui fait la course en tête de la primaire socialiste, l’ex-candidate à la présidentielle de 2007 règle ses comptes avec ceux qui ne l’ont pas soutenue à l’époque.
Ségolène Royal a la mémoire longue et la rancune tenace. Elle se souvient encore de ce dimanche 29 avril 2007, quand Nicolas Sarkozy avait tenu à Bercy son dernier grand meeting de campagne avant le second tour de l’élection présidentielle. Il y avait là Johnny Hallyday, Christian Clavier, Jean-Marie Bigard… mais aussi Raphaël Glucksmann, 28 ans, qui accompagnait son père André. Si le fils a reconnu ensuite son « erreur », Ségolène Royal ne lui a jamais pardonné de l’avoir ainsi « lâchée ». Pas plus qu’aux bobos des villes qui vont lui préférer la boule d’énergie réformatrice qu’incarne à leurs yeux Nicolas Sarkozy. Vingt ans plus tard, Raphaël Glucksmann demeure pour elle le symbole des nombreux électeurs réputés de gauche qui l’ont trahie en 2007.
Royal attaque frontalement Glucksmann
Voilà pourquoi, tout au long des trois débats de la primaire de la gauche, elle a accablé Raphaël Glucksmann de sa vindicte. Elle avait démarré en le traitant de « stagiaire », elle qui, à l’en croire, a tout fait et tout vécu et affirme, sans rire, qu’elle aurait pu prévenir les mouvements de révolte des Gilets jaunes, des pompiers et des lycéens. Et même empêcher la guerre en Ukraine.
Elle jubile donc quand, lors du troisième débat sur BFMTV, elle peut saisir l’occasion que lui offrent les journalistes de fustiger Raphaël Glucksmann. Dans une vidéo qui a fuité, celui-ci l’accuse d’avoir fait « la danse du ventre » devant Emmanuel Macron pour obtenir des postes. Une expression du langage courant qu’elle interprète à sa manière pour dézinguer son adversaire. Utilisée à propos d’une femme, assène-t-elle, la phrase serait sexiste et s’apparenterait à une agression sexuelle. Devant l’outrance, Raphaël Glucksmann reste coi, déstabilisé.
Les rendez-vous manqués avec Macron
Il lui aurait pourtant été facile de démontrer qu’il avait factuellement raison. Pendant les dix années de règne d’Emmanuel Macron, Ségolène Royal a accumulé les tentatives ratées. Il est à peine élu président de la République qu’elle lui demande de rester ministre de l’Écologie dans le gouvernement d’Édouard Philippe. Quand Nicolas Hulot lui est préféré, elle propose de devenir conseillère climat à l’Élysée. En compensation de ce double refus, Emmanuel Macron la nomme ambassadrice chargée des négociations internationales pour les pôles arctique et antarctique, en septembre 2017, mais il la remerciera dès 2020 pour n’avoir pas respecté son devoir de réserve.
En juillet de la même année, elle réitère sans succès sa tentative d’entrer au gouvernement, dirigé cette fois par Jean Castex. Pendant l’été 2024, après la dissolution, elle fait connaître publiquement sa disponibilité pour être nommée à Matignon, puis la renouvelle en décembre après le départ de Michel Barnier. Par six fois, Ségolène Royal a sollicité les faveurs d’Emmanuel Macron. Si ce n’est pas une danse du ventre…
D’un culot inépuisable, elle frappe à toutes les portes. Elle se présente en 2021 aux élections sénatoriales des Français de l’étranger. Comme le Parti socialiste refuse de l’investir, elle conduit seule sa liste et n’obtient que 11 voix de grands électeurs et aucun siège, pas même le sien, sur les six à pourvoir. Réputés bien introduits dans la population des Français de l’étranger, les militants de Place publique ne l’auraient pas aidée… Enfin, aux Amfis d’août 2023, aux côtés de Manuel Bompard, elle propose de conduire la liste LFI aux élections européennes… face à celle de Raphaël Glucksmann. Las ! Jean-Luc Mélenchon lui préfère Manon Aubry.
De la primaire aux relations franco-algériennes
Celle qui n’oublie pas une occasion de rappeler qu’elle a remporté 17 millions de voix à la présidentielle de 2007 – et à qui il faut reconnaître un certain talent pour sentir l’opinion – est allée de déception en déception au cours des vingt dernières années. Pas facile de s’effacer quand on a connu les sunlights du pouvoir, dans un pays où pas une seule femme n’a accédé à une candidature aussi élevée que la sienne. Elle aime aussi dire qu’elle a été maintes fois ministre de la République, l’une des plus jeunes sous François Mitterrand et pendant dix années présidente de région.
Est-ce l’amertume qui l’incite à reprendre les accents populistes qu’elle avait, l’une des premières, utilisés pour percer ? Et à tirer sur son propre camp en accusant Raphaël Glucksmann de vouloir faire un « hold-up » sur le PS ? Elle ne cache pas son plaisir de revenir sur France Inter après tant d’années d’absence. Ce qui la conduit à un nouveau dérapage incontrôlé. Devant un Benjamin Duhamel interloqué, elle déclare avec aplomb : « Je ne peux pas dire que l’Algérie est un régime autoritaire, c’est au peuple algérien de le dire. (…) Regardez la France, ils mettent des menottes aux jeunes (…) La barbarie n’est pas loin dans les rues de Paris. » Avant d’appeler au rétablissement des relations diplomatiques avec l’Algérie. Sans préciser qu’elle a succédé en décembre 2025 à Arnaud Montebourg comme présidente… de l’Association France-Algérie.



