Pourquoi Victor Hugo nous manque

par Jérôme Clément |  publié le 16/10/2026

Avec l’adaptation de Quatrevingt-treize au théâtre, Les Misérables au cinéma et sur scène, Hugo est toujours en bonne place dans notre paysage culturel. Un engouement peut-être aussi instructif sur notre époque, ses inquiétudes et son besoin de grandeur.

LES MISERABLES 2026, de Fred Cavaye, avec Tahar Rahim et Vincent Lindon, d'après le roman de Victor Hugo. © Curiosa Films - Eskwad - StudioCanal - TF1 Films Production. (Photo Curiosa Films - Eskwad - StudioC / Collection ChristopheL via AFP)

Au Théâtre de Poche, à Montparnasse, se joue une adaptation du roman Quatre-vingt-treize de Victor Hugo qui vaut le déplacement. Sur une scène réduite, six personnages font revivre un épisode sanglant de la Révolution française : la lutte entre les Chouans, royalistes soutenus par l’Angleterre, et les républicains, parmi lesquels des patriotes sans-culottes et une paysanne vendéenne acquise à la cause révolutionnaire.

Marion Bierry a adapté et mis en scène le texte, interprété par des comédiens fougueux, magnifiques de passion et de générosité. Sur une scène habillée de quatre panneaux, ils nous font imaginer batailles, fuites dans la campagne, assauts de donjons et de châteaux, lâchetés et gestes héroïques. Tout y est.

Et puis, il y a Hugo, son sens du romanesque et de l’héroïsme, qui nous entraîne dans cette terrible année 93, échevelée, rêveuse, utopiste. Les drames de conscience et les déchirements de l’âme de ses héros, Lantenac et Gauvain, partagés entre grandeur, générosité et implacable devoir révolutionnaire, nous emportent dans les tourments de l’Histoire.

Hugo est partout

Fascinant Victor Hugo ! Regardez cet automne : une nouvelle adaptation cinématographique des Misérables, la trentième, avec cette fois Vincent Lindon dans le rôle de Jean Valjean ; une comédie musicale au Châtelet, tirée du même roman, après Notre-Dame de Paris l’an dernier. Expositions de ses dessins, Ruy Blas repris à la Comédie-Française cet automne, citations et poèmes placés en exergue d’innombrables discours et textes : Victor Hugo est partout.

Sans doute notre époque a-t-elle la nostalgie de la grandeur, du courage, de l’engagement du grand homme, mais aussi de sa poésie, de son goût pour la beauté, de l’exaltation des sentiments et des plaisirs de la vie. Heurs et malheurs : cet écrivain engagé incarne les contrastes entre notre besoin d’amour et de beauté et la force du combat pour de grandes causes, la défense des plus faibles, le rejet de l’injustice.

Hugo, c’est tout cela à la fois. C’est ce qui explique l’immense succès mondial de son œuvre, au premier rang de laquelle figurent Les Misérables, publiés il y a plus de cent soixante ans.

Ce besoin de grandeur

Ce n’est pas par hasard que l’on reparle tant de Victor Hugo en cette année 2026. Les Français sont assaillis de difficultés, la période est dure et les héros sont absents. De Gaulle rejoint Victor Hugo dans ce besoin de s’élever au-dessus d’un quotidien médiocre.

On sent dans le pays cette aspiration à la grandeur, autant que le besoin de donner un sens aux épreuves de la vie. Un sens que la jeunesse, notamment, cherche désespérément.

Victor Hugo reste un modèle. Il nous appartient, en le fréquentant assidûment, d’en retenir les leçons et la vérité humaine.

Jérôme Clément

Editorialiste culture