Présidentielle : la course des trois petits chevaux

par Valérie Lecasble |  publié le 17/06/2026

Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal sont au coude-à-coude dans le dernier sondage OpinionWay sur les intentions de vote des Français à la présidentielle. Ils peuvent écarter la menace d’un second tour entre le Rassemblement national et Jean-Luc Mélenchon. Reste à les départager…

Édouard Philippe, le 6 juin 2026. (Photo : Magali Cohen / Hans Lucas via AFP) - Raphaël Glucksmann, le 2 juin 2026. (Photo Sarah Meyssonnier / POOL / AFP) - Gabriel Attal, le 30 mai 2026. (Photo Quentin de Groeve / Hans Lucas via AFP)

C’est un sondage passé presque inaperçu. Comme si, les yeux rivés sur le drame de la petite Lyhanna, sur les frasques de Donald Trump ou sur les prémices de la Coupe du monde de football, les Français se fichaient comme d’une guigne de l’élection présidentielle. Trop tôt, trop aléatoire, trop dispersé. Pourtant, le dernier sondage d’OpinionWay pour le JDD mérite qu’on en tire quelques enseignements.

Trois candidats pour le centre

Le premier est que la France n’est pas condamnée au match annoncé par les oiseaux de mauvais augure, et qui opposerait Jordan Bardella ou Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon.

Ils sont trois sur la ligne de départ à obtenir un score au moins équivalent, voire supérieur au premier tour, à celui du leader de La France insoumise, ce qui les met en position d’affronter le Rassemblement national au second. Édouard Philippe est devant, mais Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal ne sont pas loin. Quelle que soit la configuration, ces trois-là se situent entre 13 % et 19 % des intentions de vote, de quoi détrôner Jean-Luc Mélenchon.

Les atouts et limites d’Édouard Philippe et Gabriel Attal

Un espoir donc, qui est aussi un dilemme : lequel pour battre le Rassemblement national ?

Sur le papier, Édouard Philippe est celui qui a le plus d’atouts. Lui se prépare depuis six ans, quand Emmanuel Macron a choisi de le remplacer à Matignon ; il possède à la fois l’expérience et la distance ; il a géré plusieurs crises, des Gilets jaunes à la réforme des retraites en passant par celle du Covid ; il a été réélu haut la main maire du Havre et chacun attend avec impatience son programme, fait de sang et de larmes, pour que la France sauve son modèle social et reprenne son rang dans le monde. Pour ces raisons, Édouard Philippe allie la classe et le sérieux d’un possible homme d’État.

Mais la plupart de ses qualités peuvent se changer en handicaps. Les Gilets jaunes, c’est d’une certaine façon lui qui les a provoqués en voulant à tout prix instaurer la taxe carbone. L’échec de la réforme des retraites, c’est encore lui, qui a exigé d’y adjoindre un âge pivot à 67 ans. Enfin, si Emmanuel Macron l’avait écouté, les Français seraient restés confinés encore plus longtemps. Un pessimiste, Édouard Philippe ? Pour en juger, on attend la potion amère qu’il nous proposera pour redresser les finances de la France. Sans oublier que, malgré les années et l’incarnation du chef, son parti Horizons reste dispersé, avec une force de frappe insuffisante pour une vraie campagne présidentielle.

Renaissance, qu’il a récupéré, est au contraire le principal atout de Gabriel Attal. Plus jeune de vingt ans qu’Édouard Philippe, il dispose d’une machine de guerre que son aîné ne possède pas. Les militants y sont nombreux et motivés pour faire vivre l’esprit d’Emmanuel Macron. Ils maîtrisent les moyens modernes de communication et sont actifs sur les réseaux sociaux. Ils ont la niaque et le visage sympathique de faux premiers communiants. Avec un chef âgé de 37 ans, ils ont conscience d’être des outsiders, mais sont bien décidés à décrocher la lune avec l’audace de ceux qui n’ont rien à perdre.

Le souci est qu’on a du mal à prendre la candidature de Gabriel Attal au sérieux. Trop jeune, pas assez ancré dans le pays, évoluant au gré des événements, il peine à laisser une trace. Macron, qui hésitait, a fini par le préférer à Édouard Philippe parce qu’il l’a moins critiqué. Ou plutôt parce qu’il y a renoncé afin de s’attirer les derniers électeurs du macronisme.

Le score dans les sondages du « Mini Macron » ne laisse donc pas d’étonner tant on peut douter que les Français aient envie d’élire le clone de celui qui les a – mal – dirigés pendant dix ans.

Raphaël Glucksmann à l’épreuve du rassemblement

C’est l’atout que veut jouer Raphaël Glucksmann : se démarquer des deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron. Convaincu que les Français n’en peuvent plus du « en même temps » et de son improbable « ruissellement », il critique vertement le bilan du président dont il accuse Philippe et Attal d’être comptables. Lui ne fera pas du neuf avec du vieux ; il développera une vision nouvelle, propre à battre le Rassemblement national, fondée sur le patriotisme et la souveraineté d’une France redevenue locomotive de l’Europe. Il fait jeu presque égal avec les deux candidats du bloc central alors qu’il ne s’est pas encore déclaré candidat. Le jour où il se lancera peut enclencher une vraie dynamique.

Mais s’il monte en puissance en délaissant en partie ses marottes internationales pour se préoccuper davantage du sort des Français, Raphaël Glucksmann doit encore leur prouver qu’il les a vraiment compris. Son micro-parti, Place publique, ne peut affronter une présidentielle sans le franc concours du Parti socialiste, ce qui n’est pas gagné. Enfin, le député européen est trop honnête pour s’obstiner s’il devait être le moins bien placé pour gagner.

Comme Édouard Philippe, il peut attirer à lui des électeurs du camp adverse. Mais cette force de second tour lui impose une épreuve au premier : convaincre son camp qu’il est assez à gauche pour damer le pion à Jean-Luc Mélenchon. Lancés dans la course, les trois petits chevaux sont encore loin du poteau d’arrivée.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique