Présidentielle : le doute saisit les candidats
Et s’ils étaient nombreux à renoncer avant l’échéance de l’élection présidentielle ? Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal ou même Raphaël Glucksmann restent dans l’incertitude en attendant leurs scores dans les sondages à la rentrée. Revue de détail.
C’est une étrange rumeur, comme un désenchantement qui agite le landerneau parisien. Et si une partie des candidats déclarés à l’élection présidentielle n’allait pas jusqu’au bout ? On se retrouverait ainsi devant un tout autre paysage politique à la fin de l’année…
Les incertitudes de la droite
Le premier ciblé est Bruno Retailleau. Depuis son meeting du 20 juin, pourtant pas trop raté, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le sens de sa candidature. Siphonnés par la droite de la macronie, une bonne partie des ex-Républicains (Édouard Philippe, Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin…) ont déjà quitté le navire il y a longtemps. Et voilà que des ténors comme Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand ne se sont pas déplacés pour applaudir le candidat officiel des LR à la présidentielle. Enfin, dans l’entourage d’Éric Ciotti, on se félicite que certains LR, de moins en moins convaincus par Retailleau, soient en train de les rejoindre.
Le raisonnement est le suivant. Quand Ciotti a quitté LR pour construire l’union des droites en faisant alliance avec le Rassemblement national, personne ne l’a suivi. Mais maintenant que le RN caracole en tête des sondages et que l’UDR a pris du poil de la bête, les LR seraient de plus en plus nombreux à venir à la soupe.
Trois succès consécutifs d’Éric Ciotti expliqueraient ce mouvement. D’abord, la victoire symbolique contre le candidat LR remportée par le député UDR Antoine Valentin lors de la législative partielle de Haute-Savoie. Ensuite, l’aura de star de la politique acquise par son poulain Charles Alloncle depuis qu’il a présidé la commission de l’audiovisuel. Enfin, la mairie de Nice qu’il a ravie à Christian Estrosi : désormais, Éric Ciotti a le vent en poupe. C’est ainsi que l’UDR attirerait, comme dans un sas de décompression, les Républicains partisans de l’union des droites qui, in fine, se voient bien gouverner avec le RN s’il devait accéder au pouvoir plutôt que de végéter indéfiniment dans l’opposition.
Les hésitations du bloc central
Le sort d’Édouard Philippe est bien différent, mais il fait aussi l’objet de supputations. Depuis sa victoire au Havre, le candidat Horizons à la présidentielle donne le sentiment qu’il procrastine. Son premier meeting de campagne, prévu initialement dans la foulée des élections municipales, a été repoussé au 5 juillet, une date tardive alors que les effets de la canicule et le début des vacances scolaires vont précipiter le départ en vacances des Français.
Et la grande interview qu’il a donnée dimanche 20 juin à La Tribune Dimanche interroge. Sans trop de contenu, sous le seul slogan « L’effort crée l’espérance », elle permet tout juste de marquer le terrain au lendemain du meeting de Retailleau et surtout, espère-t-il, d’attirer le chaland le 5 juillet. Édouard Philippe douterait-il de la mobilisation de ses partisans, alors que certains lui prédisent un destin semblable à celui d’Alain Juppé ?
Dans ce contexte, l’attitude d’Emmanuel Macron rajoute de l’incertitude au brouillage. C’est peu dire qu’Édouard Philippe ne figure pas parmi ses favoris pour lui succéder. Ni Gabriel Attal d’ailleurs, qui s’est lui aussi déclaré. À ces deux anciens Premiers ministres, le président de la République ne cache pas qu’il leur préférerait trois de ses proches. Il cite ainsi Gérald Darmanin, pourtant plombé par l’affaire Lyhanna, Jean Castex, inconnu du grand public, ou encore Sébastien Lecornu qui, à 40 ans tout juste, jure ses grands dieux qu’il n’est pas pressé de devenir président de la République. Comme si on avait oublié qu’il ne devait pas non plus être nommé Premier ministre. Sans omettre de citer Raphaël Glucksmann, qui se donne trois mois pour réfléchir avant de se déclarer.
Le RN et les derniers scénarios
Bref, le climat est délétère. Entre des candidats déclarés à la présidentielle en qui pas grand monde ne croit, jusqu’au sommet de l’État, et des non-candidats dont le nom est jeté en pâture comme des remplaçants potentiels, c’est à se demander où tout cela va nous mener.
La vérité est que personne n’émerge assez dans les sondages pour vraiment s’imposer. Du coup, la valse-hésitation se prolonge, d’autant qu’il faut attendre le 7 juillet pour connaître le nom du candidat du Rassemblement national.
La rumeur assure que ce sera Marine Le Pen alors que, depuis des mois, les sondeurs testent uniquement Jordan Bardella. Celui-ci est tombé brutalement en disgrâce depuis qu’il s’est exposé en une de Paris Match avec sa fiancée Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, qu’on les a vus ensemble au Grand Prix de Formule 1 de Monaco alors que la France brûle et surtout qu’il a estimé que « des marches blanches, il y en a tous les jours », à propos de celle organisée en hommage à Lyhanna.
A-t-il l’épaisseur pour devenir le président de la France ? La question est posée alors que Marine Le Pen est soudainement parée de toutes les vertus, dont celle d’être garante de l’esprit du Rassemblement national, là où Bardella prendrait un virage à la Meloni en Italie.
L’autre qui est tapi comme un recours est François Hollande, dont la présence a été remarquée parmi les quelques invités à l’hommage rendu à Marc Bloch au Panthéon. Exit le traditionnel Nicolas Sarkozy, en attente de son jugement. Et comme Emmanuel Macron ne laisse jamais rien au hasard, on peut se demander si cette présence n’a pas un petit air d’adoubement.



