Présidentielle : les juges laissent Marine Le Pen choisir

par Valérie Lecasble |  publié le 07/07/2026

La décision prise le 7 juillet par la Cour d’appel de Paris est machiavélique : elle confirme la culpabilité de Marine Le Pen, tout en lui laissant la liberté de se présenter à l’élection présidentielle, à condition de faire campagne sous bracelet électronique. À elle désormais de choisir, alors qu’elle a juré qu’elle ne se résignerait pas à une telle éventualité.

Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National, quitte la cour d'appel de Paris le 7 juillet 2026 après le prononcé de l'arrêt en appel concernant des membres actuels et anciens du RN, poursuivis pour détournement de fonds publics européens. (Photo Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)

Les juges ont tranché : c’est Marine Le Pen qui devra prendre la décision de se présenter ou non à l’élection présidentielle. La leader du RN est bien déclarée coupable de détournement de 2,8 millions d’euros de fonds publics, ceci pendant une durée de onze ans, soit trois mandatures du Parlement européen. Mais ils considèrent que sa peine d’inéligibilité en première instance étant exécutoire, elle a déjà purgé les quinze mois fermes auxquels elle est condamnée. Les trente mois supplémentaires sont du sursis. Donc la leader du RN se retrouve, de fait, délivrée de son inéligibilité.

Une condamnation qui ouvre la voie à une candidature

En revanche, les juges l’ont aussi condamnée à trois années de prison, dont deux avec sursis. Ce qui signifie qu’elle doit effectuer une année ferme, aménagée sous forme de bracelet électronique. La possibilité lui serait laissée de voir sa peine ramenée à six mois si elle adopte un « bon comportement ».

Ce jugement restera dans les annales. Les juges n’ont pas flanché en confirmant la culpabilité de Marine Le Pen. Ils ont argué du fait qu’elle avait bien détourné l’argent public du Parlement européen sur une longue durée. Ils n’ont pour autant pas souhaité empêcher la leader du Rassemblement national de se présenter à l’élection présidentielle, soulignant qu’ils lui en laissaient la liberté.

Le choix décisif de Marine Le Pen

Le nœud du sujet réside dans la question suivante : Marine Le Pen peut-elle ou non faire campagne, déclarée coupable, et sous bracelet électronique ? Ce qui signifie qu’elle doive, au quotidien, déclarer aux juges ses faits, gestes et déplacements… Une solution à laquelle elle avait juré jusqu’ici qu’elle ne se résoudrait pas. En tout état de cause, la condamnation à trois années de prison, dont deux avec sursis, l’oblige à effectuer une année de prison ferme, aménageable en bracelet électronique. Sera-t-elle une candidate déclarée coupable de détournement de 2,8 millions d’euros de fonds publics, avec une amende de 100 000 euros et un bracelet électronique attaché à la cheville, même si elle peut ramener sa peine à six mois pour bonne conduite ?

La Cour a rejeté la bonne foi qu’elle avait plaidée. Mais elle ne l’empêche pas de se présenter à l’élection présidentielle. Que décideront les responsables du Rassemblement national réunis cet après-midi pour peser le pour et le contre ? On n’a jamais vu, en France, un candidat se présenter à l’Élysée sous le coup d’une si forte condamnation. Le précédent de l’échec sévère de François Fillon, alors qu’il était seulement mis en examen, peut faire hésiter la leader du RN à se lancer dans la bataille.

Une décision attendue avant 2027

En même temps, elle joue l’aboutissement de toute sa carrière. Et peut espérer se retrouver libérée dès janvier 2027, au démarrage de la vraie campagne présidentielle, si elle ramenait in fine à six mois, plutôt qu’un an, le port de son bracelet électronique. À 20 heures, Marine Le Pen sera sur TF1 pour annoncer sa décision. La plus cruciale de toute sa vie.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique