Présidentielle : qui pour battre Jordan Bardella ?

par Valérie Lecasble |  publié le 01/04/2026

Un sondage Odoxa donne Édouard Philippe comme le seul capable de battre Jordan Bardella au second tour de la présidentielle. Ceci, sous un double effet : sa victoire aux municipales et un front républicain qui joue à plein.

Édouard Philippe, maire sortant du Havre et candidat du parti Horizons à sa réélection, prononce un discours après sa victoire au second tour des élections municipale de 2026 à l'hôtel de ville du Havre, le 22 mars 2026. (Photo Lou BENOIST / AFP)

Bien sûr, c’est un joli rebond. Après une dégringolade continue qui l’avait amené à descendre dans une fourchette de 10 à 15 %, Édouard Philippe retrouve, dans le sondage que publie Odoxa, son score de 20 à 25 %, qui le met en position d’être le seul, parmi les candidats de droite et de gauche à la présidentielle, à pouvoir battre au second tour le Rassemblement national, avec une projection à 52 %.

Édouard Philippe porté par l’effet municipales

Un statut certes enviable mais qui met aussi en exergue la volatilité de son électorat. Rappelons-nous d’Édouard Balladur en 1995, Lionel Jospin en 2002, Dominique Strauss-Kahn en 2011 et Alain Juppé en 2016, qui étaient partis favoris avant de finalement s’effondrer. À noter, pour ce dernier, qu’il a un point commun avec Édouard Philippe : son plus proche conseiller politique est, dans les deux cas, Gilles Boyer, dont on s’interroge encore sur le fait de savoir s’il réussira mieux aujourd’hui ce qu’il a raté hier.

Surtout, quand on le regarde de près, ce sondage recèle d’autres enseignements. Le premier est que les vainqueurs aux élections municipales ont tous gagné en adhésion. La corrélation est automatique. C’est vrai d’Édouard Philippe (+ 8 points) mais aussi d’Emmanuel Grégoire (+ 7), et, dans une moindre mesure, d’Éric Ciotti, Benoît Payan, David Lisnard et Fabien Roussel, qui gagnent chacun trois points. Édouard Philippe étant le seul des candidats à la présidentielle à s’être présenté aux municipales, avec une belle victoire au Havre dont la communication a été savamment orchestrée, rien ne dit que « l’effet municipales » perdurera.

Mais la conclusion est claire : les Français aiment leurs maires. Ils s’en sentent proches et reconnaissent en eux engagement et efficacité. Un constat qui interroge sur l’effet néfaste sur la vie politique française de la fin du cumul des mandats, où les députés et les ministres ne peuvent plus additionner la popularité d’une fonction locale avec celle d’une ambition nationale.

Quel plus beau métier que celui de maire ? Le communiste Fabien Roussel ne s’y trompe pas, lui qui a attendu sa réélection au premier tour dans sa commune du Nord pour reprendre une parole nationale sur France Inter et y fustiger les dérives de la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon qu’il préfère nommer « Nouvelle République ». Pour lui, Saint-Amand-les-Eaux sera l’ancrage local de sa candidature nationale à la présidentielle.

Front républicain et réserves de voix

Le deuxième enseignement de ce sondage réside dans celui du positionnement. Si Édouard Philippe s’impose, c’est qu’outre l’adhésion — volatile — de son camp, il dispose de réserves de voix. Au second tour, en effet, le front républicain joue à plein en sa faveur, ce qui veut dire que les électeurs de gauche, dont 29 % d’entre eux se disent ses sympathisants, n’hésitent pas à voter pour lui face à Jordan Bardella. Il est le seul, dans cette configuration, à droite, tout comme Raphaël Glucksmann est le seul à gauche à attirer 34 % de sympathisants dans l’électorat de droite et du centre.

Le fossé entre les deux présidentiables réside dans le fait qu’Édouard Philippe décroche à droite un taux d’adhésion de 76 %, ce qui le met loin en tête dans son camp quand Raphaël Glucksmann n’arrive qu’en cinquième position avec 40 % à gauche. Devant lui se situent à égalité les deux François, Hollande et Ruffin (50 % chacun), mais aussi Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel.

Quel que soit le vainqueur, l’enseignement est capital : pour battre Jordan Bardella à la présidentielle, que le candidat soit de gauche ou de droite, il devra tout à la fois rassembler fortement son camp mais aussi obtenir les voix du camp adverse afin de faire jouer à plein le front républicain contre le Rassemblement national.

Le facteur décisif du rejet

C’est là qu’intervient le palmarès du rejet des personnalités politiques. On y trouve loin en tête Jean-Luc Mélenchon à 68 %, suivi en numéro deux de Rachida Dati à 51 %. La preuve qu’on ne peut gagner une élection quand les Français vous rejettent. Ce qui adviendrait si Mélenchon devait être au second tour.

A contrario, Édouard Philippe est quasiment le moins rejeté avec « seulement » 33 % ; seul David Lisnard fait mieux que lui. Au coude-à-coude, Raphaël Glucksmann est à 34 %, le mieux placé à gauche, donc le moins rejeté, devant Benoît Payan et Fabien Roussel.

Cela ne suffit pas. Car Glucksmann, qui obtient 10 points de plus que Hollande comme candidat préféré à gauche à la présidentielle, ne recueille que 10 % d’intentions de vote au premier tour, derrière Jean-Luc Mélenchon (12 %) et Édouard Philippe (21 %).

Les enseignements sont donc les suivants : pour avoir une chance de battre Jordan Bardella à la présidentielle, il faut tout à la fois rassembler son camp pour sortir en tête au premier tour, puis élargir au second tour à un front républicain. Donc être fort dans son camp sans être (trop) rejeté dans l’autre. Une équation dont la résolution est, pour le moins, délicate.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique