Présidentielle : rien ne sert de courir

par Bernard Poignant |  publié le 03/07/2026

À chaque échéance présidentielle, les mêmes questions reviennent, à commencer par celle-ci : faut-il se déclarer tôt ou attendre ? Un retour sur les calendriers respectifs des vainqueurs depuis 1958 permet de dégager une constante…

Jacques Chirac, maire de Paris et président du RPR, et sa fille cadette Claude, quittent un hôtel de Lille le 04 novembre 1994 après avoir déclaré dans une interview au quotidien "La Voix du Nord", qu'il sera candidat à l'élection présidentielle de mai 1995. (Photo Jacques DEMARTHON / AFP)

La Fontaine les a pourtant prévenus : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Le Lièvre et la Tortue en sont le témoignage. » Il y a un temps pour tout et il est vain de se laisser impressionner par la pression médiatique, qui ne correspond pas à l’attente des citoyens. Aujourd’hui, les temps politiques concordent de moins en moins. Celui des chaînes d’information en continu et des réseaux sociaux est celui de l’immédiateté. Le temps d’un candidat en campagne active est de deux ou trois mois. Le temps de l’électeur, celui de son choix définitif, est réduit à une ou deux semaines, parfois moins. Il doit alors se prononcer sur les candidats officiels et non sur les candidats virtuels.

Une constante depuis 1958

Même si le passé n’écrit pas l’avenir, il n’est pas avare d’enseignements. Un bref retour sur les onze élections présidentielles au suffrage universel est éclairant, en particulier sur le calendrier des vainqueurs. Ils sont huit personnalités à avoir gagné, un club très fermé. Leur déclaration de candidature n’est pas forcément leur entrée en campagne active. C’est parfois le cas, mais certains décalent. Une donnée s’impose : si le président en fonction se représente, il tarde à se déclarer et la campagne commence vraiment à ce moment-là.

La première élection du président de la Ve République est à mettre à part. Elle se déroule le 21 décembre 1958. L’élection se fait par un collège de 81 764 grands électeurs, parlementaires et élus locaux, et non plus par les seuls députés et sénateurs, mais pas encore au suffrage universel. Charles de Gaulle se déclarera candidat le 11 décembre, dix jours avant. Il l’emportera avec 62 394 voix sur le candidat communiste, Georges Marrane (10 355 voix). Le candidat de l’Union des Forces démocratiques, Albert Châtelet, rassemblera 6 721 suffrages. C’est après ce scrutin original que viennent les 11 autres.

Des campagnes souvent concentrées sur quelques mois

1965 : Charles de Gaulle annonce sa candidature le 4 novembre pour un premier tour le 5 décembre. Il ne fait pas campagne et attend le second tour pour parler aux Français.

Les campagnes de 1969, après la démission du général de Gaulle, et celle de 1974, après le décès du président Georges Pompidou, sont forcément très courtes : quatre semaines avant le premier tour.

1981 : François Mitterrand reçoit l’investiture du Parti socialiste lors du congrès de Créteil le 24 janvier. Il y prononcera un discours de présentation de ses 110 propositions. Puis il s’envole pour l’Asie du 9 au 17 février alors que Valéry Giscard d’Estaing est encore donné gagnant dans des sondages. Les commentateurs s’en étonnent. Le premier tour est prévu le 26 avril.

1988 : François Mitterrand annonce sa candidature le 22 mars, le premier tour étant prévu le 24 avril. Il adressera une Lettre aux Français par la presse régionale. Puis il se mettra réellement en campagne lors de son grand meeting de Rennes le vendredi 8 avril. Un record de brièveté.

1995 : Jacques Chirac annonce sa candidature le 4 novembre 1994, à un moment où la presse est persuadée du succès d’Édouard Balladur ou de Jacques Delors. Le premier tour est fixé au 23 avril 1995. En candidat expérimenté, il ne tient son grand discours que le 17 février 1995 au Palais des Congrès à Paris, deux mois avant le premier tour.

2002 : Jacques Chirac se déclare le 11 février pour un premier tour le 21 avril. Il fait cette annonce à Avignon et ce sera son discours d’entrée en campagne.

2007 : Nicolas Sarkozy se porte candidat le 29 novembre 2006 pour un premier tour qui se tiendra le 22 avril 2007. Expérimenté lui aussi, il fera son grand discours d’entrée en campagne le 14 janvier 2007 à la Porte de Versailles. Lui non plus ne s’est pas précipité. Il a dû retenir son tempérament.

2012 : François Hollande est le candidat des socialistes et des radicaux de gauche désigné par une primaire ouverte à tous le 16 octobre 2011. Il ne se précipite pas et fait son grand discours le 22 janvier 2012 au Bourget. Le premier tour est fixé au 22 avril, trois mois après. Il sait que trois mois, c’est long en politique. Même Winston Churchill disait : « En politique, huit jours, c’est du long terme. »

2017 : Emmanuel Macron se déclare le 16 novembre 2016 pour un premier tour fixé le 23 avril 2017. Il fait son premier grand discours le 10 décembre 2016 à la Porte de Versailles. Il reprendra sa campagne à Quimper par un meeting le 16 janvier 2017.

2022 : Dans une ambiance de fin d’épidémie et de début de guerre, Emmanuel Macron se déclare le 3 mars 2022. Le premier tour est prévu le 10 avril. Entrant en campagne, il utilisera la méthode des questions-réponses avec un panel de Français le 7 mars à Poissy.

Et pour 2027 ?

2027 : les candidats sont nombreux, certains sont des lièvres qui courent, d’autres des tortues qui attendent en se préparant. Ce récapitulatif démontre une chose : tout se joue entre deux et trois mois de l’année même du scrutin. Il y a le temps de la préparation politique, de la décision personnelle, de la campagne collective … et parfois de la surprise du résultat !

Bernard Poignant