Primaire : Glucksmann en pole position
En imposant un débat sur le génocide à Gaza, le challenger Olivier Faure joue son va-tout pour faire croire qu’il est la gauche tandis que Raphaël Glucksmann serait selon lui la « gauche de la droite ». La carte de la dernière chance alors que son adversaire fait la course en tête.
Cette fois, la guerre est ouverte. À une semaine du premier tour de la primaire sociale-démocrate, la bataille fait rage entre Olivier Faure et Raphaël Glucksmann.
Afin de provoquer le duel lors du débat sur France 2, Olivier Faure a mûri son attaque. Il se lance à la surprise générale – alors que personne ne l’interroge sur ce sujet – dans une longue diatribe où il justifie l’emploi du mot génocide pour qualifier le massacre des civils à Gaza.
Quelle mouche l’a piqué ? Devancé dans les sondages, il espère ainsi attirer le vote de ceux qu’il estime être la vraie gauche : les ex-Nupes et Nouveau Front populaire, les plus jeunes, plus à gauche, plus compatibles avec LFI que les militants de l’ancienne génération. Qu’importe si le 19 juillet, il a été mis en minorité au sein du PS sur cette ligne qu’il s’acharne à défendre : acculé, il prend le risque de jouer son va-tout sur un sujet clivant dont il espère un regain de popularité à gauche.
La tension monte quand Jérôme Guedj s’invite dans l’affrontement. Prenant soin, tout comme Raphaël Glucksmann de dénoncer un crime contre l’humanité à Gaza et d’en appeler à la Cour pénale internationale pour juger Benyamin Netanyahou, le député de l’Essonne refuse pour autant la « nazification » d’Israël, et dénonce une Palestine qui irait du Jourdain à la mer. Il réitère sa position équilibrée d’une solution à deux États. Dans la joute, le dernier mot revient à Raphaël Glucksmann, exaspéré, qui lance à Olivier Faure : « Ce que tu fais est obscène ». Comme si Faure sous-entendait que la solidarité entre Glucksmann et Guedj contre le mot de « génocide » résultait en partie de leur judéité…
LFI creuse la fracture
Violente, cette première salve est suivie d’une seconde à propos de La France insoumise. Après son couplet habituel sur son étonnement que le sujet soit une fois encore mis sur la table, Olivier Faure défend… l’union de la gauche. Il finira par lâcher, tout seul, qu’en cas de duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au second tour de la présidentielle, il voterait Mélenchon.
Sur LFI, comme à propos du génocide, Jérôme Guedj exécute avec talent Olivier Faure. Après une longue démonstration où il l’accuse d’empêcher la gauche de prendre son envol tant les électeurs craignent qu’elle ne s’acoquine comme lors des élections municipales avec LFI, il lui assène : « Tu nous mets tous dans la panade ». Avant de poursuivre : « On continue tes accords de boutiques ou bien on prend notre courage à deux mains » ? Sous-entendu pour s’émanciper une fois pour toutes de LFI.
On le voit, le fossé est devenu abyssal entre ces deux lignes politiques. D’un côté, un Olivier Faure de plus en plus replié sur des positions radicales dignes de Mélenchon affirme qu’il a reconstruit le Parti socialiste en l’élargissant à tous les partis de gauche. De l’autre Raphaël Glucksmann, avec le soutien de Jérôme Guedj, tous deux bien décidés à s’émanciper de cette ligne dont ils considèrent qu’elle rabougrit la social-démocratie.
Une primaire encore ouverte
À l’issue des trois débats, dont le dernier sur BFMTV ce dimanche, le plus probable est la victoire de Raphaël Glucksmann, sans pour autant qu’elle soit certaine dès le premier tour. Jérôme Guedj, qui s’est révélé un talentueux débatteur, pourrait en effet lui prendre des voix au sein d’un corps électoral qui devrait dépasser les 90 000 inscrits : soit 40 000 pour le Parti socialiste, 22 000 pour Place publique et 18 000 sur la plateforme ouverte Choisir 2027, auxquels s’ajouteront ceux qui devraient s’inscrire dans les tout derniers jours.
Tout au long de cette primaire, Raphaël Glucksmann aura gagné en assurance. Lui, qui avant l’été, doutait encore de ses capacités à concourir à la présidentielle, a pris de l’épaisseur. Son histoire personnelle réglée avec sa compagne Léa Salamé qui s’est mise en congé du 20 h et ses soutiens déclarés au sein même du Parti socialiste (Boris Vallaud, Carole Delga, Michaël Delafosse, Nicolas Mayer-Rossignol, 40 députés, 3 présidents de région, 100 membres du Conseil national), l’ont renforcé dans sa détermination à y croire.
Cela se voit quand il affirme à propos de la révolte des lycéens que la « gauche doit tenir un discours de fermeté » à la fois en faveur de l’éducation de nos enfants et contre toutes les violences ; ou quand il assume de ne pas plaire à tout le monde en affirmant que « gouverner, c’est choisir ».
Si Glucksmann devait remporter haut la main la primaire sociale-démocrate alors qu’il n’est pas socialiste, Olivier Faure serait disqualifié, ce qu’il veut à tout prix éviter. Reste à savoir si le premier secrétaire du Parti socialiste jouerait le jeu et accepterait de soutenir la créature qui lui a échappé. Quand on s’est à ce point invectivés, pas facile de rendre les armes.



