Proche-Orient : la gauche prend l’accent américain

par Sébastien Lévi |  publié le 01/10/2026

Lors du premier débat de la primaire socialiste, le 23 septembre, Israël et Gaza ont provoqué l’une des passes d’armes les plus vives de la soirée. Un clivage bien connu des démocrates américains, qui traverse désormais l’Atlantique jusqu’à la gauche française.

Ségolène Royal, l'ancienne candidate à la présidentielle, se positionne sur la situation à Gaza lors du premier débat de la primaire socialiste, le 23 septembre 2026, sur LCI. (Capture d'écran de l'émission Face-à-face sur LCI )

Outre-Atlantique, dans les primaires démocrates de nombreux États, les candidats étaient largement d’accord sur les thèmes économiques et sociaux. Mais un sujet a constitué une ligne de clivage majeure : la guerre à Gaza et le soutien américain à Israël.

Si la critique de la politique de Netanyahou était très largement partagée, le clivage portait sur la poursuite de l’aide américaine à Israël, que certains voulaient arrêter complètement quand d’autres souhaitaient la conditionner. Mais c’est très souvent autour de la situation à Gaza que le débat s’est cristallisé, et notamment sur l’emploi du terme « génocide » pour la caractériser. Ce fut le cas dans les débats opposant Dan Goldman à Brad Lander à New York ou Abdul El-Sayed à Haley Stevens dans le Michigan, deux élections très médiatisées, mais loin d’être les seules où cette question s’est posée. Citons également la primaire sénatoriale en Floride ou celle pour un siège à la Chambre dans le Colorado, parmi de nombreuses autres.

La bataille des mots

Alors que 50 % des Américains, dont 77 % des démocrates et 39 % des Juifs américains, qualifient l’action d’Israël à Gaza de « génocide », ce mot est devenu un sésame à gauche aux États-Unis pour signifier son rejet de la politique d’Israël et son soutien aux Palestiniens, sans même avoir à le justifier sur le plan juridique. « Génocide » est devenu un mot-valise. Il est par conséquent possible que les 50 % d’Américains qui l’emploient à propos de Gaza ne mettent pas nécessairement cette situation sur le même plan que le génocide des Arméniens ou la Shoah.

On retrouve cette même « agilité sémantique », qui relève aussi de la légèreté, voire de l’irresponsabilité, chez le premier secrétaire du PS et candidat à la primaire de la gauche non-LFI, Olivier Faure. Ce dernier a ainsi affirmé que « prononcer le mot de génocide, ça a un poids », permettant de mieux dénoncer un « massacre insupportable ». En d’autres termes, pour Olivier Faure, le mot relève ici davantage de l’hyperbole que d’une caractérisation rigoureuse au regard du droit international.

Comme aux États-Unis et dans une grande partie du monde, l’opinion publique française a une image négative d’Israël, avec une défiance envers l’État hébreu plus forte à gauche qu’à droite. Il y a donc clairement une part de calcul politique chez Faure, mais aussi chez Ségolène Royal, qui a elle aussi employé le terme « génocide ». Cette dernière est même allée plus loin en enjoignant à des « voix juives » de France de se désolidariser de la politique du gouvernement israélien pour mieux lutter contre l’antisémitisme.

Les démocrates changent de ton

Aux États-Unis, les démocrates « traditionnels » ont durci leur discours sur Israël, comme l’a montré un vote récent au Sénat portant sur la vente d’armes à l’État hébreu. Une résolution portée par Bernie Sanders avait ainsi réuni 15 sénateurs démocrates en 2025, contre 40 en 2026. Ceux-ci ont notamment justifié leur vote par une défiance croissante envers Netanyahou, certains annonçant même que leur position pourrait évoluer demain avec un autre premier ministre.

Lors des primaires démocrates, les candidats qui l’ont emporté se situaient d’ailleurs plutôt sur la ligne la plus dure à l’égard d’Israël, en particulier dans les circonscriptions ou les États les plus solidement démocrates, même si la réalité est loin d’être uniforme.

Le clivage traverse l’Atlantique

Cette nouvelle réalité politique n’épargne pas la France, où la gauche sociale-démocrate se divise sur cette question, à l’image du Parti démocrate américain, et pourrait durcir ses positions sur Israël. Il semble en effet exister une prime à la radicalité sur ce sujet. Il est ainsi possible que l’injonction scandaleuse de Ségolène Royal envers les Juifs de France constitue une faute morale et éthique, mais aussi un calcul politique gagnant, lui permettant de se positionner comme LA candidate la plus critique d’Israël, quitte à y embarquer au passage les Juifs de France…

Notons que, sur ce plan, Ségolène Royal est « en avance » sur les États-Unis, où aucun candidat démocrate américain, aussi radical fût-il, n’a adressé une telle injonction aux Juifs américains après avoir été interrogé sur Gaza ou sur l’antisémitisme. Comme aux États-Unis, les résultats de la primaire socialiste en France seront donc au moins partiellement analysés à l’aune du sujet Israël-Gaza, devenu à gauche un nouveau marqueur politique autant qu’un enjeu diplomatique et géopolitique majeur.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis