PS : chérie, j’ai rétréci la primaire !

par Valérie Lecasble |  publié le 19/06/2026

Après l’échec de la « primaire élargie à toute la gauche », puis de la « double primaire », les instances du Parti socialiste annoncent qu’elles se rabattront sur un scrutin circonscrit aux seuls candidats sociaux-démocrates. Si elles se mettent d’accord sur les modalités…

François Hollande - Raphaël Glucksmann - Bernard Cazeneuve - Olivier Faure - Boris Vallaud (Photos AFP)

La coïncidence est troublante. Le jour où Complément d’enquête diffuse un documentaire pour dire pourquoi François Hollande a renoncé, en décembre 2016, à se présenter à la présidentielle, le Bureau national du Parti socialiste, réuni quelques heures auparavant, prend une de ces invraisemblables décisions dont il a le secret.

Le Parti socialiste cherche sa méthode

Qu’on en juge. Cela démarre par une divine surprise : le programme concocté depuis des mois au nom de la direction du PS par Chloé Ridel est adopté à l’unanimité ! Chacun cherche l’explication à ce consensus inattendu entre factions rivales. « Tous les irritants ont été retirés lors des amendements. Il ne reste plus qu’une boîte à outils dans laquelle le futur candidat ira piocher à sa guise », décrypte l’un des participants. Sa façon de dire que l’on se fiche de ce programme, tant le candidat l’interprétera à sa sauce quand il sera intronisé.

La priorité, c’est donc la convocation, là aussi à l’unanimité, le 30 juin à 18 h 00, d’un Conseil national, sorte de parlement du Parti socialiste. Chez Boris Vallaud, et chez d’autres opposants déclarés à Olivier Faure, on sabre le champagne : enfin, on va débattre de la stratégie politique du PS et définir les questions qui doivent être soumises au vote des militants pour choisir le processus de désignation du candidat à la présidentielle.

Caramba ! Après des mois de palabres sur la petite primaire élargie à toute la gauche, puis sur la double primaire, on va enfin connaître la façon dont Raphaël Glucksmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Olivier Faure, Boris Vallaud ou Jérôme Guedj seront départagés dans leur course à l’élection présidentielle. On croit rêver : ceux qui se sont déchirés entre courants opposés donnent pour une fois le sentiment d’avancer dans la même direction. Serait-on face à une véritable avancée sociale-démocrate avant le départ en vacances d’été ? Ou bien face à un nouvel imbroglio, à la mesure de ceux qu’avait dû affronter François Hollande lorsqu’il était président ?

Les désaccords persistent

Car si tout le monde est d’accord pour consulter les militants dits « sociaux-démocrates », personne ne semble savoir à quelle date ni avec quel corps électoral. Résoudre en dix jours ce qui n’a pu l’être en dix mois : le défi est ardu.

La position d’Olivier Faure était jusque-là connue : il souhaitait organiser d’abord une primaire au sein du camp socialiste pour que le vainqueur affronte, dans un second vote, les Tondelier, Autain, Ruffin et autre Glucksmann, pour que, face à Jean-Luc Mélenchon, le reste de la gauche ne présente qu’un seul candidat. Flairant le piège, ni François Hollande et encore moins Raphaël Glucksmann ne voulaient entendre parler de primaire, ni élargie, ni double. Mais si le champ se resserre désormais sur le seul camp de la social-démocratie, comment y échapper ?

Les supputations fleurissent. « Il faudrait organiser une primaire sociale-démocrate dont le résultat déterminerait, en fonction de celui qui l’emporterait, s’il y en aurait une seconde ou pas », propose l’un de ceux qui cherchent à rassembler. En clair, chaque candidat proposerait, en plus de sa personne, sa méthode et son orientation, à partir sans doute d’une plate-forme programmatique idéalement commune. Outre que tout cela ressemble à une usine à gaz, rien n’est résolu.

Premier problème : à quelle date faudra-t-il consulter les militants ? La plupart des impétrants parlent de fin septembre. Mais François Hollande, qui continue de se préparer, milite pour le mois de décembre.

Avec quel corps électoral ? Olivier Faure veut une consultation très large, avec comme seule condition le paiement d’un à deux euros pour voter. François Hollande préfère un cercle plus restreint d’adhérents, à 20 euros, comme en avait profité Ségolène Royal.

Glucksmann au cœur des équilibres

Dans cet embrouillamini, il reste une question clé : quid de la participation de Raphaël Glucksmann ? Le leader de Place publique veut à tout prix obtenir le soutien du Parti socialiste, dont il a besoin pour sa campagne. Mais il ne veut pas non plus se jeter dans la fosse aux lions, lui qui bénéficie d’une avance sur ses concurrents dans les sondages. En proposant une primaire sociale-démocrate, Olivier Faure referme le piège : si Glucksmann veut le soutien du PS, il devra le conquérir. « Glucksmann ne pourra faire l’économie de son adoubement démocratique », confirme l’un de ses proches au PS.

Dernière inconnue : vers quelle majorité basculera, in fine, le vote du Conseil national le 30 juin prochain ? Olivier Faure (TOA) dispose de 144 voix, Boris Vallaud (TOB) de 52 voix et Nicolas Mayer-Rossignol (TOC) de 110 voix. L’alliance de ses opposants (162 voix) empêcherait le premier secrétaire d’imposer sa loi. Mais Boris Vallaud a déjà montré qu’il pouvait fluctuer. Et le troisième courant, celui de Nicolas Mayer-Rossignol, est divisé entre les partisans de Raphaël Glucksmann, pressés que la vraie campagne démarre, et ceux de François Hollande, qui veut donner du temps au temps.

Après des mois à se jauger, les dirigeants de la social-démocratie semblent prêts à s’affronter. Espérons qu’ils ne vont pas réitérer l’impossible équation de décembre 2016 qui avait conduit François Hollande à renoncer…

Valérie Lecasble

Editorialiste politique