PS : derrière la primaire, l’ombre de LFI

par Boris Enet |  publié le 12/08/2026

Par-delà l’imbroglio de la primaire, se jouent les alliances futures pour les législatives qui suivront la présidentielle. Et, sans surprise, comme en 2022 et en 2024, l’éventuelle collaboration avec LFI hante la principale formation de la gauche de responsabilité.

Clémentine Autain, députée de la Seine-Saint-Denis, lors d'une réunion publique visant à défendre une primaire de la gauche, à Pau, le 17 juin 2026. (Photo Laurent Estreboou / Hans Lucas via AFP)

Les contre-feux allumés autour du prix de la participation à la primaire avaient quelque chose d’étrange et de pathétique. Mais derrière cette énième entourloupe tenant lieu de projet, la direction minoritaire d’Olivier Faure espère un impossible sauvetage. Sur le fond, la même imposture revient en boucle depuis cinq ans : être ou ne pas être dépendant de LFI et de son inusable généralissime. C’est ainsi que la « charte des valeurs républicaines » à laquelle doivent souscrire les candidats à cette hypothétique primaire éclaire la sincérité de l’entreprise. Les garde-fous formels ne pèsent pas plus qu’une plume au vent. On se souvient de l’impérieuse lutte contre l’antisémitisme, inscrite dans la charte des valeurs des candidats du NFP. Un vulgaire chiffon de papier sans conséquence ! Cette fois, l’on évoque pêle-mêle un projet européen ou encore la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste. Comme un parfum d’autocritique ? Non, car dès qu’il s’agit de passer aux travaux pratiques, en dépit d’un positionnement de pure forme qui interdit, si les mots ont un sens, toute alliance avec LFI, le sol se dérobe sous les pieds des hiérarques socialistes.

L’émancipation ou l’autodestruction

Cela coince pour les mêmes raisons qu’en 2022 ou en 2024. L’actuelle direction minoritaire y est toujours favorable, même si elle ne peut plus le revendiquer aussi ouvertement que par le passé. L’épisode des municipales en avait donné la mesure, avec des accords locaux présentés comme ne relevant pas d’un choix national, tout en étant assumés par un Premier secrétaire ventriloque. Petite tambouille indigeste !

Jamais tranchée, si ce n’est de manière aussi allusive qu’alambiquée, la question surdétermine pourtant la survie de la gauche démocratique. Olivier Faure et Marine Tondelier s’appuient opportunément sur la radicalisation de la droite, poussée vers les extrêmes sous la pression du RN, pour justifier un grand front antifasciste, comme aux heures glorieuses d’un Front populaire qu’ils instrumentalisent, 90 ans plus tard, sans vergogne. Admettons-le sans détour : cela peut fonctionner auprès d’une partie des électeurs de gauche, pour qui le rejet du nationalisme haineux justifie tous les compromis, voire toutes les compromissions possibles et imaginables. Erreur funeste que l’on paie toujours au prix fort.

Des électeurs inquiets mais disponibles

Heureusement, les électeurs possèdent sans doute quelques longueurs d’avance sur des états-majors discrédités et sans troupe. Il faut l’espérer. Dans de larges secteurs de l’opinion qui ne cèdent pas aux sirènes populistes des deux rives, un large front démocratique, républicain et progressiste se cherche, avec un raisonnement qui prend tout simplement en compte le réel. Comment pourrait-on mettre cette part de l’Europe à l’abri du péril national-populiste avec des antisémites notoires ?

Comment pourrait-on préserver l’Union en compagnie de l’allié objectif et complaisant de Xi Jinping, du traître à Kyiv et de ceux qui rejettent par principe le consensus des 28 au nom de la voix de la France ?

Comment pourrait-on, demain, travailler à la convergence d’un agenda social européen sur la protection sociale, notamment les retraites, avec une formation qui nie les réalités démographiques et les nécessaires équilibres financiers ?

Car face à ces réalités, ceux qui restent accrochés à leur strapontin précaire sont voués à une combustion politique ultra rapide.

Reste à savoir qui pèsera le plus et dirigera de fait ce rassemblement pour un futur vivable : la gauche ou un centre polymorphe, changeant et lui aussi travaillé par des vents contraires. Entre François Bayrou tentant de mettre Thierry Breton sur orbite, Édouard Philippe en proie à une droitisation extravagante et Gabriel Attal ne sachant plus trop où il habite, la gauche dispose encore de toutes ses chances pour faire valoir une hégémonie de raison si elle porte un vrai projet européen de transformation sociale, environnementale et démocratique.

Un enjeu existentiel pour la gauche et la France

Les électeurs de gauche sont sensibles à la nécessité de l’unité et l’histoire des gauches françaises est jalonnée de ruptures internationales que chacun connaît. Mais il ne s’agit plus d’une énième illustration du clivage entre réforme et révolution, mais d’un rapport au réel et à des valeurs cardinales partagées au sein de démocraties enracinées de longue date, aujourd’hui fragilisées. La démocratie représentative, l’universalité du combat social et de la lutte contre les discriminations, le combat contre les dictatures et les autocraties aux portes de l’espace démocratique de l’Union, la préservation de l’État de droit ne relèvent pas de considérations tactiques sur le niveau des minima sociaux, le salaire minimum ou encore le nombre de postes nécessaires au bon fonctionnement de l’Éducation nationale.

Elles dessinent des rapports au monde et à ses dangers irréconciliables, parce que potentiellement mortels pour nos démocraties. Dans son édito, « Dette : la conjuration des farceurs », Laurent Joffrin rappelait l’obligation de s’atteler à la question. Comment pourrait-on seulement y songer avec les Insoumis, qui nient en bloc la réalité ?

Ce qui est indépassable, ce n’est pas le sauvetage du siège d’Olivier Faure et de quelques-uns de ses obligés, mais la capacité des socialistes à maintenir un rapport au réel tout en conservant l’espoir de changer le monde à l’aune des possibles. Après des années de stagnation, marquées par nombre d’impasses, l’aile marchante de la social-démocratie n’a plus le choix : passer à nouveau sous les fourches caudines des néostaliniens mélenchonistes, pour un groupe parlementaire au carré sans dépassement possible — à l’instar des années 50, l’anachronisme en plus —, ou accepter de refonder un projet européen et démocratique de transition environnementale accélérée, capable de mobiliser à gauche tout en embarquant une partie du centre, souvent issue de ses rangs et de ses errances. Il n’y a plus, pour l’heure, de troisième voie, parce que la meute insoumise a « nettoyé », façon puzzle, ce qui pouvait exister entre ces deux pôles irréconciliables. Courez, camarades socialistes, la petite primaire est derrière vous. Avanti !

Boris Enet