PS : Faure résiste, Hollande sort du bois

par Valérie Lecasble |  publié le 17/04/2026

En plaçant la liberté au cœur du programme du Parti socialiste pour la présidentielle, Olivier Faure cherche à reprendre la main. Il veut, au passage, éliminer son désormais adversaire Boris Vallaud. Loin de ces chamailleries qui le désolent, François Hollande « se prépare ».

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, s'entretient avec François Hollande, ancien président de la République et député socialiste, à l'Assemblée nationale, le 9 juillet 2024. (Photo Bertrand Guay / AFP)

Pour une fois, ils ne se sont pas écharpés. Une quinzaine de négociateurs représentant les trois courants (A, B et C) du Parti socialiste se sont réunis en comité restreint pendant plus de cinq heures pour discuter dans une atmosphère constructive. C’était dans la soirée du mardi 14 avril, en lieu et place de l’habituel Bureau national, occasion traditionnelle de leur confrontation. L’objet de la rencontre ? Examiner ensemble le projet du Parti socialiste concocté depuis juin dernier sous la houlette de Chloé Ridel, nommée secrétaire nationale à la coordination du projet lors du congrès de Nancy.

La liberté au cœur du projet socialiste

Face à la bronca qu’il affronte depuis qu’il a accepté les alliances locales passées avec LFI aux élections municipales, Olivier Faure contre-attaque. Rejetant les accusations d’immobilisme ou de retour en arrière, il veut prouver, au contraire, que le Parti socialiste travaille. Édouard Philippe préfère prendre son temps avant de dévoiler les grandes lignes de son programme ? Lui convoque la presse, toutes affaires cessantes, le 15 avril, pour lui livrer les siennes. Une façon de se légitimer et de faire taire les critiques.

La surprise est telle que les caciques du PS exigent qu’on leur présente le projet avant qu’il ne soit révélé à la presse. Le rendez-vous avec les journalistes est donc remis au mercredi 22 avril, le temps de se mettre d’accord. Le texte contient 150 propositions avec un thème central, celui de la liberté, à la manière d’une Kamala Harris en campagne contre Donald Trump, lorsqu’elle voulait rallier les électeurs des centres-villes.

La liberté ? Elle ne consiste pas à refuser les obligations qu’impose l’État au nom de l’intérêt général (impôts, normes, règles…), mais à défendre les droits fondamentaux des citoyens garantis par la loi, qu’il s’agisse de la liberté de voter (démocratie), d’avorter (droit des femmes) ou d’aimer (LGBTQ+).

Si elle peut surprendre, la proposition vise à renouveler les habituels discours sur la justice sociale et la réduction des inégalités. Elle modernise et durcit le combat contre l’illibéralisme, comme nous l’avons nous-mêmes conçu en nous rebaptisant LibreJournal, en vue de défendre la liberté d’expression que menace le groupe Bolloré.

Hormis cette idée phare, les négociateurs ont obtenu qu’une cinquantaine de propositions saillantes soient piochées parmi les 150, dont L’Opinion cite quelques extraits : de la légalisation du cannabis à l’interdiction des espaces « no kids », en passant par la déjudiciarisation du changement d’état civil pour les LGBTQ+ ou la création d’un « service public du beau et du calme ». Tout un programme…

Faure face à Vallaud, Hollande en embuscade

Chloé Ridel, qui a conduit le projet, n’est pas une inconnue. Jeune et brillante énarque socialiste, elle avait coorganisé, en 2022, la catastrophique primaire dite « populaire », qui avait vu concourir – dont certains à leur insu – Christiane Taubira, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Pierre Larrouturou et… Anne Hidalgo. Ceux-là avaient décroché les cinq premières places du scrutin, sur la base d’un « socle programmatique commun ». Christiane Taubira l’avait emporté avant qu’Anne Hidalgo soit finalement intronisée candidate à l’issue d’une primaire concurrente qui la mènera au score calamiteux de… 1,75 % des voix à l’élection présidentielle.

Comment éviter la répétition de ces palinodies ? Mardi 21 avril, le Bureau national du Parti socialiste a pour mission de dégager un compromis sur le nouveau texte qui lui sera proposé. S’il le trouve, Olivier Faure se fera un plaisir de le soumettre au vote. Si ses opposants et Boris Vallaud s’unissent, au contraire, pour le rejeter, il se dérobera une nouvelle fois et pourrait poursuivre le processus sans vote, comme si de rien n’était.

Le Premier secrétaire du PS aura beau jeu d’affirmer qu’il construit quand les autres détruisent. À moins qu’un Conseil national ne décide – hypothèse improbable – de convoquer le congrès extraordinaire que certains réclament, il continuera à gagner du temps. Et qu’importe si la bronca gagne ses proches collaborateurs : tant que Boris Vallaud, dont il a juré la perte, ne parvient pas à l’évincer, il restera aux commandes…

Las de ces bagarres picrocholines et chronophages, François Hollande sort du bois, tout seul. « Je me prépare », lance-t-il en Une de Marianne, crevant l’abcès de son bilan que certains persistent à lui reprocher. S’il a évolué au cours de son quinquennat, depuis « mon adversaire, c’est le monde de la finance » du Bourget jusqu’au CICE, qui symbolise sa politique de l’offre, assortie d’insuffisantes contreparties, assure-t-il, c’est que la lutte prioritaire contre le chômage l’exigeait. Et s’il reconnaît n’avoir pas tout réussi, il récuse tout procès en trahison.

Confronté à l’échéance présidentielle de 2027, François Hollande revendique le bénéfice de l’expérience (« j’ai déjà été président ») et l’évitement de l’échec (« je n’ai pas été candidat à ma propre succession en 2017 »). Pour choisir parmi les nombreux candidats potentiels à cette élection « historique », un seul critère compte : avoir une chance « d’être élu président ». « Comment être utile aujourd’hui ? » s’interroge en conclusion celui qui se prépare, à 71 ans, à livrer son dernier grand combat politique.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique