PS : ils sont devenus fous
Le combat des chefs pour décrocher la candidature sociale-démocrate à la présidentielle menace les chances de la gauche de l’emporter. À un an de l’échéance, ils sont encore cinq à concourir, au risque de tuer toute dynamique électorale dans leur camp. Mode d’emploi de leurs ambitions et stratégies.
Le dernier combat de François Hollande.
À 72 ans au mois d’août, l’ex-président de la République veut saisir sa dernière chance de revenir au sommet de la scène politique, lui qui a dû la quitter prématurément, se croyant empêché de se représenter il y a dix ans. Convaincu que la période lui est propice, il se sent le plus capé pour protéger la France à l’international, face au duo menaçant que constituent Donald Trump et Vladimir Poutine. Son expérience de la France et des Français lui donne, pense-t-il, la légitimité de repenser l’éducation, le travail et le modèle social qu’il faut sauver. Mobilisé depuis longtemps par une campagne à « bas bruit » dans tous les territoires de France, il compte sur la publication de son livre-programme à la rentrée pour créer une dynamique dans les sondages qui l’imposera comme le candidat naturel. À 8 % aujourd’hui, il a besoin de temps et plaide pour repousser à fin novembre-début décembre le choix final du candidat.
L’irrépressible envie de Raphaël Glucksmann.
À 46 ans, le député européen est au contraire pressé d’en découdre en se lançant rapidement dans la campagne présidentielle. « J’aime les campagnes », dit-il. Elle démarre pour lui le 28 mai avec la publication du livre qu’il a écrit afin, dit-il, de s’inscrire dans une histoire. Elle se poursuit dès le 13 juin avec son premier meeting aux Docks d’Aubervilliers. Celui qui fait pour l’instant la course en tête à gauche cherche à créer une dynamique qui imposera un rapport de forces tel que son ex-ami Olivier Faure se trouvera contraint de mettre l’indispensable Parti socialiste à son service. Malgré la création de son parti Place Publique et la présence à ses côtés de personnalités de qualité (Aurore Lalucq, Aurélien Rousseau), il demeure trop seul et trop désargenté pour mener une vraie campagne présidentielle. À la suite de l’engagement de sa compagne Léa Salamé de quitter le 20 heures lorsqu’il sera officiellement candidat, il s’imagine désigné au mois d’octobre.
Le baroud d’honneur de Bernard Cazeneuve.
À bientôt 63 ans, moins déterminé que ses camarades Hollande et Glucksmann, l’ex-Premier ministre se vexerait pour autant d’être laissé au bord du chemin. Depuis qu’il a quitté en 2022 le Parti socialiste pour protester contre son alliance avec LFI, puis créé son mouvement, La Convention, l’année suivante, il prône une troisième voie qui inclut notamment le Parti radical de gauche. Il se dit « prêt » quand Hollande dit qu’il « se prépare », comme s’il existait entre eux une sourde rivalité depuis que Bernard Cazeneuve n’a pas décroché le poste de Premier ministre qu’il convoitait après la dissolution. S’il veut peser, il espère aussi que l’on le sollicitera. Il tâtera le terrain avec ses propositions jusqu’à ce que la situation se cristallise. S’il ne devait pas émerger dans les sondages, il se rangera derrière la candidature sociale-démocrate la mieux placée vers la fin de l’année.
L’ambition tenace d’Olivier Faure.
Obsédé, à 57 ans, par son souhait de récolter les fruits de l’effort qu’il a investi dans la reconstruction du Parti socialiste depuis huit ans, le Premier secrétaire paraît indéboulonnable. Malgré l’échec patent de son projet de primaire, il persiste à faire semblant qu’elle se tiendra. Il cherche lui aussi à gagner du temps, car il n’a pas renoncé à s’imposer comme le plus petit dénominateur commun, qui bloquerait les velléités des autres sociaux-démocrates mais aussi celles de Marine Tondelier et François Ruffin. Il rejoint François Hollande sur son calendrier de fin novembre-début décembre, date à laquelle il demeurera le maître des horloges pour décider quel candidat le Parti socialiste soutiendra. Il hésite avec réticence entre Glucksmann, dont il ne digère pas la « trahison » pour l’avoir supplanté comme candidat à la présidentielle, lui qui l’avait pourtant choisi deux fois pour les européennes, et Hollande, dont il pense avoir reconstruit ce qu’il avait détruit, à savoir le Parti socialiste.
L’envie d’exister de Boris Vallaud.
À 50 ans, son ex-ami était las de vivre dans l’ombre d’Olivier Faure. Moins d’un an après s’être rallié à lui au congrès de Nancy, il a claqué la porte de la direction du Parti socialiste avec les 24 membres de son courant sous prétexte qu’il n’était pas écouté. C’est que, sous la pression de David Assouline, qui a pris le lead des opposants à Olivier Faure pendant que Nicolas Mayer-Rossignol et Hélène Geoffroy se présentaient aux élections municipales, le député des Landes a cru qu’il s’installerait comme le premier candidat socialiste à la présidentielle avant que les autres ne se déclarent. Il se dit prêt à se désister pour Raphaël Glucksmann, avec qui il a tenté une coalition associant Yannick Jadot, et soutient la « plate-forme programmatique législative de gouvernement » élargie aux Verts, lancée par Nicolas Mayer-Rossignol. Un coup d’épée dans l’eau puisque Marine Tondelier a fait savoir la semaine précédente que toute plate-forme devrait être associée à une primaire… qui n’aura pas lieu.
Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon trace, seul, son chemin.



