PS : Ségolène Royal l’incendiaire

par Laurent Joffrin |  publié le 21/09/2026

Élection primaire : c’est le mot. On ne voit pas, en effet, en quoi le scrutin socialiste des 10 et 17 octobre prochains s’élève au-dessus de ce niveau, effectivement très primaire. En lieu et place d’un débat de fond, on assiste à un festival de horions, de coups bas et d’excommunications.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

À l’initiative du pugilat ? Avant tout Ségolène Royal, qui a fait montre de son habituelle bravitude pour passer au lance-flammes le favori de la primaire socialiste, Raphaël Glucksmann. Qui est-il, celui qui a représenté deux fois le PS dans une élection européenne ? Un « stagiaire » qui « n’a jamais géré quoi que ce soit dans sa vie ». On a vu plus franche camaraderie…

Royal attaque frontalement Glucksmann

Formule isolée ? Pas du tout. Celle qui lançait au cours d’un meeting de 2007 « Aimez-vous les uns les autres ! » peine à mettre la christique devise en pratique. La démolition royale se poursuit en effet dans Libération : « [Les Français] ne veulent pas recommencer comme avec Macron et sa méconnaissance du peuple et du pays profond, qui nous a menés à tant de brutalités, tant de mépris et au déclin (…) C’est le petit milieu, l’entre-soi. Ils bouffent ensemble, ils se tiennent par la barbichette. Duhamel sur Inter, Cohen sur “C à vous”, Legrand… Ils ont choisi leur candidat, Glucksmann, parce qu’il leur ressemble (…) Il était au meeting de Sarko. Il ne vient pas de la gauche, il ne peut pas comprendre le peuple. Et puis, il a peur, ça se voit à sa posture. Il est déjà en burn-out. » Ouf !

Devant un tel tombereau d’injures, Glucksmann pouvait difficilement rester sans réagir. « Au moment où la France traverse une crise, où il y a une explosion du prix des carburants, où on a des menaces sécuritaires sur notre pays, où l’extrême droite est aux portes du pouvoir, Madame Royal décide que je suis sa première cible », a-t-il rétorqué lundi matin sur Franceinfo, estimant que « ce n’est pas du tout au niveau (…) Elle a raison de souligner que je ne suis pas en politique depuis 45 ans, que je n’ai pas quémandé des postes, [notamment] auprès d’Emmanuel Macron pour être ministre ou finir ambassadrice, que je n’ai pas ensuite choisi Jean-Luc Mélenchon par dépit. » Réponse du berger stagiaire à la bergère d’expérience…

Philippe Brun écarté de la compétition

Les autres s’en tiennent-ils à des propos plus aimables ? Il en est un, en tout cas, qui ne pourra pas déraper ni subir de critique : Philippe Brun, député de l’Eure, écarté brutalement de la compétition à la suite d’un coup de téléphone nocturne. Les accusations portées contre lui sont-elles justifiées ? Peut-être. Mais comme on en ignore la nature et que la procédure a consisté à le congédier sans discussion au petit matin suivant, on n’en saura pas plus pour l’instant.

Olivier Faure cible à son tour Glucksmann

Le premier secrétaire du parti, candidat, mais aussi garant de la bonne tenue des débats, montre-t-il l’exemple ? Pas sûr… « Quand je vois François Hollande et Raphaël Glucksmann se tourner vers le centre droit, je leur dis : je comprends que vous cherchiez une nouvelle majorité, mais cette nouvelle majorité ne permettra pas de faire un programme de gauche et la transformation écologique », a-t-il déclaré sur BFMTV. Selon Olivier Faure, donc, Glucksmann (et Hollande, épinglé au passage alors qu’il n’est pas candidat dans cette primaire) sont des hommes de droite. Mais alors pourquoi a-t-il admis Glucksmann le droitier dans cette primaire de la gauche, après l’avoir adoubé dans deux scrutins européens ? S’il le convie à la messe, c’est pour l’excommunier : curieux œcuménisme…

Sur six candidatures initiales, donc, en voici déjà quatre qui s’excluent mutuellement du cercle des camarades. Restent Guedj et Maurel, étrangement épargnés jusqu’à maintenant. Il est à craindre qu’ils ne perdent rien pour attendre. « Détruisons-nous les uns les autres », dira bientôt Ségolène Royal. À ce train-là, voilà une primaire qui risque de jouer un rôle politique… très secondaire.

Laurent Joffrin