Quand Gérald attaque Darmanin
En donnant le sentiment d’imputer aux policiers les manquements constatés dans la répression des crimes contre les mineurs, le ministre de la Justice s’est changé en arroseur arrosé.
Agaçants, ces journalistes… En se procurant une lettre qui n’était pas destinée à publication, ils ont plongé le ministre de la Justice dans une belle panade. Rappel des faits qui ont conduit à ce pataquès : Gérald Darmanin demande aux magistrats du parquet de lui fournir un état des enquêtes menées à la suite des plaintes déposées pour agressions sexuelles sur des mineurs. Le résultat est calamiteux : dossiers en souffrance dormant dans les placards, enquêtes à l’abandon ou perdues, manque d’effectifs et de formation. Le 29 juillet dernier, le ministre envoie à son collègue de l’Intérieur, Laurent Nuñez, une synthèse de ces constatations, particulièrement accablantes pour les services de police concernés.
Une note accablante pour la police
Las ! Cette note tombe entre les mains diaboliques de journalistes du Monde, qui s’empressent évidemment de la publier. Aussitôt, tempête dans les deux ministères : piqués au vif, les policiers enquêteurs – et une partie des magistrats – rappellent de manière fort désagréable que pendant plus de quatre ans, le ministre responsable de la police mise en cause par Gérald Darmanin, ministre de la Justice, s’appelait – on vous le donne en mille… – Gérald Darmanin. L’Association nationale de police judiciaire, avec un certain esprit, fustige « Docteur Darmanin » et « Mister Gérald », le premier accusant en fait le second de toutes les turpitudes, tout en paraissant les imputer à son collègue Nuñez.
La réforme Darmanin mise en cause
L’intervention de cette association, qui réunit les limiers de la police judiciaire, ne doit rien au hasard : elle s’est constituée en 2024 pour protester contre la réforme mise en œuvre par le même Darmanin, et dont ils prédisaient qu’elle allait affaiblir les capacités d’enquête de la police. Le ministre avait à l’époque estimé qu’il fallait changer une organisation à ses yeux trop verticale pour instaurer une « départementalisation » des services, tous placés sous l’autorité du préfet et d’un directeur local.
Soutenus par nombre de magistrats, les flics chargés de réprimer la grande délinquance avaient fait remarquer que les réseaux criminels avaient une fâcheuse tendance à étendre leur action au-delà des limites départementales. Ils craignaient tout autant que leur rapprochement opérationnel avec les autres services à l’échelon local ne finisse par obérer leur travail hautement spécialisé. Évidemment, ils ne se privent pas d’affirmer aujourd’hui que le réquisitoire pondu par le Darmanin de la place Vendôme condamne en fait la réforme menée auparavant par le Darmanin de la place Beauvau. Et, même si les insuffisances relevées dans la répression des crimes et agressions contre les mineurs sont aussi liées au manque d’effectifs et de moyens, il semble bien que cette réforme darmanesque de la police débouche sur un fiasco. Une révélation dont Janus Darmanin se serait bien passé…



