Rachida Dati, celle qui ose tout

par Valérie Lecasble |  publié le 06/09/2026

Drôle de coïncidence… À dix jours de son procès, l’ex-ministre de la Culture réclame sa réintégration dans la magistrature. Elle est présumée innocente et rien ne l’interdit. Mais est-ce le bon moment alors qu’elle doit répondre de 900 000 euros versés par Carlos Ghosn sans preuve de contreparties ?

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris, avant la cérémonie d'accueil du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, à l'hôtel des Invalides, le 24 août 2026. (Photo Julie SEBADELHA / POOL / AFP)

Jusqu’au bout, Rachida Dati aura usé de tous les stratagèmes. Avant son procès qui s’ouvre le 16 septembre, elle n’a pas ménagé sa peine. Elle est soupçonnée d’avoir touché 900 000 euros de Carlos Ghosn sur trois ans lorsqu’il était le patron de Renault-Nissan, sans que les enquêteurs n’aient trouvé les prestations correspondantes. Sous l’impulsion de ses deux principaux avocats – ils seront cinq au procès –, Olivier Pardo et Olivier Baratelli, elle n’a cessé de gagner du temps, plaidant dans un premier temps la prescription jusqu’à être déboutée par la Cour de cassation.

Rachida Dati à dix jours du procès

Afin d’asseoir son statut et donc son influence, Emmanuel Macron l’a faite nommer à la surprise générale ministre de la Culture en janvier 2024 lors de l’accession de Gabriel Attal à Matignon. Pourtant, elle n’avait de cesse de critiquer le mouvement créé par le président, traitant ceux qui avaient rejoint En Marche de « traîtres de gauche et de droite » et qualifiant l’action d’Emmanuel Macron d’« incohérente ou inconsistante ». Rien de tout cela ne l’a empêchée d’accepter de piloter la Culture et d’être l’une des seules parmi les ministres à être reconduite dans chaque nouveau gouvernement.

Elle avait pris ses fonctions depuis six jours à peine qu’elle énonçait sur RTL son véritable objectif : conquérir la mairie de Paris. Quelle meilleure place que la rue de Valois pour séduire l’élite politico-culturelle parisienne et s’emparer de l’Hôtel de Ville ? En août 2025, elle obtient l’investiture de sa famille Les Républicains et le soutien très actif de l’Élysée.

La suite est connue : avec seulement 41,5 % des voix, elle prend une claque au second tour des élections municipales de 2026 face à Emmanuel Grégoire.

En plus de l’échec politique et de l’humiliation personnelle, Rachida Dati court un risque supplémentaire : se retrouver bien démunie lors de son procès qui se tiendra devant le tribunal correctionnel de Paris du 16 au 28 septembre, alors qu’elle espérait impressionner les juges depuis l’Hôtel de Ville… Insupportable pour celle qui n’a cessé tout au long de son parcours professionnel de jouer des coudes et d’user de ses réseaux pour s’imposer envers et contre tous, n’hésitant pas à utiliser la menace pour parvenir à ses fins.

Une réintégration dans la magistrature

Voilà pourquoi elle vient de demander, in extremis, à dix jours de l’ouverture de son procès, de réintégrer la magistrature dont elle s’était mise en disponibilité peu ou prou depuis 2009, avant les faits qui lui sont reprochés, qui courent sur la période 2010 à 2012. Proposée au poste de premier substitut à l’administration centrale de la Justice à Paris, au sein de la Chancellerie, elle pourra rappeler aux juges qu’elle est issue de leurs rangs et qu’elle a effectué autrefois le même métier qu’eux.

Ses avocats vont plaider qu’il existait bien une convention d’honoraires entre elle et Renault-Nissan et qu’elle a effectivement travaillé pour accompagner le groupe franco-japonais d’automobiles. Leur ligne de défense reposera sur leur conviction que la contrepartie de ses honoraires relevait du conseil juridique et stratégique, sa spécialité, en particulier dans les zones qu’elle connaît le mieux comme le Maghreb et le Moyen-Orient. De quoi démonter l’accusation selon laquelle elle aurait utilisé son statut de députée européenne pour obtenir des avantages indus pour Renault-Nissan.

Les 900 000 euros au cœur du dossier

Car là est le point sensible. S’il est avéré qu’elle a bien reçu les 900 000 euros sur trois ans, Rachida Dati peine à fournir les éléments de preuve des prestations effectuées en contrepartie. Accusée de corruption passive, trafic d’influence passif, recel d’abus de pouvoir et recel d’abus de confiance, elle devra démontrer qu’elle a bien accompli les missions pour lesquelles elle a été payée. Puisque, députée européenne, il lui était interdit d’effectuer le moindre lobbying au Parlement européen en faveur de son client.

Quelle meilleure indication de ses compétences juridiques qu’une réintégration opportune dans la magistrature ? Par cet énième subterfuge, l’indéboulonnable Rachida Dati entend bien rebondir. Qu’en diront les juges ?

Valérie Lecasble

Editorialiste politique