Raphaël Glucksmann rassembleur

par Valérie Lecasble |  publié le 11/10/2026

L’ampleur de la victoire du patron de Place publique le met en position de rassembler les autres candidats de la primaire. À lui désormais de créer la dynamique nécessaire : rompre avec le macronisme, devancer Jean-Luc Mélenchon et battre Marine Le Pen.

Raphaël Glucksmann réagit après l'annonce des résultats du premier tour de la primaire de la gauche, le 11 octobre 2026. Avec 66 % des 120 787 votants, il a été désigné candidat de la gauche sociale-démocrate pour l'élection présidentielle de 2027. (Photo ROMAIN PERROCHEAU / AFP)

Un seul mot d’ordre : le rassemblement. Les cinq candidats à la primaire de la gauche sont montés ensemble sur l’estrade pour réaliser la photo de famille. Après la bataille, les sociaux-démocrates ont l’habitude de resserrer les rangs.

Ils se sont tant écharpés pendant les débats que la démarche n’avait rien d’évident. Mais ils n’ont pas d’autre choix tant la victoire de Raphaël Glucksmann est cinglante : avec 66,1 % des suffrages exprimés (79 613 voix), il écrase Olivier Faure, qui en recueille seulement 14,46 % (17 398 voix). Personne ne songe à la contester, même pas Ségolène Royal, arrivée troisième avec 7,62 %. Tout juste lâche-t-elle que « pour la première fois le Parti socialiste n’aura pas de candidat à l’élection présidentielle ».

Une victoire qui impose le rassemblement

Elle est démentie quelques instants plus tard par son ami Olivier Faure : « Nous avons un candidat. À nous tous désormais de forger ensemble l’esprit de victoire », s’est rallié le premier secrétaire du Parti socialiste. Il faut dire que personne, pas même Raphaël Glucksmann, n’avait anticipé une victoire aussi nette. Non seulement il est élu dès le premier tour, mais il caracole à plus de 50 points devant le second. Son premier mot prononcé est celui de responsabilité.

Cette victoire l’oblige, lui qui n’est pas issu des rangs du Parti socialiste. Il a déjà préparé la suite. Il se sent désormais en position de créer une dynamique qu’il décrit de rupture avec le macronisme, et de combat à la fois contre l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon et contre Marine Le Pen pour l’empêcher d’accéder à l’Élysée. Pour battre les extrêmes, cette élection présidentielle est, dit-il, « la plus importante de la Ve République ». « La démocratie a parlé. Cela me donne un espoir immense », lance Raphaël Glucksmann pour qui « ce soir, la bataille de France commence ».

Glucksmann prépare la suite de sa campagne

Tout au long de cette campagne de la primaire, le candidat Glucksmann a progressé. Lui, le novice en politique, en a rapidement appris les ficelles. Il ne s’est pas laissé démonter. Il a laissé Jérôme Guedj, qui arrive dernier (avec 5,83 % des voix), victime du vote utile, faire le porte-flingue à sa place, ce qui lui a permis de se montrer sympathique. Sous les coups répétés de Ségolène Royal, il n’a pas bronché, et l’avenir lui a donné raison. Dans le même esprit, il la place à ses côtés pour la photo sur l’estrade. Surtout, ne se fâcher avec personne pour ne pas obérer l’avenir.

Sa stratégie de non-agressivité s’est donc révélée payante. Ce qui permet aujourd’hui à ses troupes de vouloir enrichir le programme du candidat Glucksmann en allant piocher chez chacun les idées nouvelles et pertinentes qui ont surgi tout au long des débats : le budget de la santé chez Jérôme Guedj, le grand emprunt chez Emmanuel Maurel, la taxation des superprofits et la hausse du SMIC chez Olivier Faure. Dans son entourage, on se félicite ainsi : « la ligne politique anti-LFI est tranchée, le combat commence pour le rassemblement des Français ».

La rupture avec LFI au cœur du débat

Rassemblement ? On peine encore à y croire après les avoir tant vus se déchirer. Car de ligne politique, il n’a pas encore été question entre eux. Celle de Raphaël Glucksmann, qu’ont choisie les militants et sympathisants, est celle de la rupture avec La France insoumise. Un sujet rapidement évoqué dans sa déclaration par Olivier Faure, qui a remis sur le tapis son mantra de « la gauche unie ». Unie donc avec les Verts, les communistes et les partis de gauche de bonne volonté. Pour une fois, le nom de LFI n’a pas été prononcé.

Mais dans les conversations qui animent les entourages, il faut comprendre que cette ligne politique sans LFI est celle de l’élection présidentielle. La bataille contre Jean-Luc Mélenchon sera donc menée. Mais elle n’anticipera pas la configuration des élections législatives qui paraît aujourd’hui compliquée à évaluer. Qui sera le vainqueur ? Il sera toujours temps de rebattre les cartes après le 2 mai.

Jusque-là, chacun veut croire que tout le monde va tirer dans le même sens. L’enjeu de la double menace de Marine Le Pen d’une part et Jean-Luc Mélenchon de l’autre est trop fort pour diviser les forces. Ce soir, la gauche sociale-démocrate a choisi son candidat à l’élection présidentielle et, derrière lui, tous entendent faire front. Pour une fois qu’ils sont tous ensemble, ce n’est pas le moment de bouder son plaisir.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique