Rideau de fumée pour fin de règne

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 22/09/2026

Dans une mise en scène soignée, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu tentent de faire croire aux Français et aux marchés qu’ils pèsent sur le monde comme sur les finances. En intervenant, sans en avoir l’air, dans la présidentielle.

Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu, le 3 juin 2026. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Depuis quelques jours – et ce n’est pas fini –, un scénario mis au point en toute complicité entre Matignon et l’Élysée se déroule sous les yeux de Français un peu sonnés – c’est l’objectif recherché – par une rafale d’informations plus graves les unes que les autres. Un « trou » budgétaire qui nécessite un effort de 54 milliards d’euros (François Bayrou était tombé pour une somme inférieure de dix milliards), une attaque imminente de la Russie sous des formes encore jamais vues, un prix de l’essence qui n’a aucune raison de cesser de monter… N’en jetez plus.

En 24 heures, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ont porté un coup de massue aux Français, justifiant que le pays s’unisse et que les querelles, entretenues par des galopins irresponsables, cessent d’alimenter le débat présidentiel. Convoqués à l’Élysée la veille pour le lendemain, les personnalités, chefs de parti ou candidates (parfois les mêmes), ont dû sagement écouter le chef de l’État leur expliquer que l’heure était grave (ils n’y avaient pas pensé…) et que l’augmentation de l’essence allait continuer, vu la situation internationale (ils n’y avaient pas songé non plus…).

Comme par hasard, le matin même, le Premier ministre lançait sa bombe dans Le Figaro : ce n’était plus 30 milliards mais 54 qu’il fallait économiser et les retraités seraient bien visés, on ne pourrait pas y couper ! De quoi refroidir les ardeurs des démagogues prêts à déverser leurs promesses coûteuses en se moquant des tragiques réalités. Alors que Vladimir Poutine nous menace, que Donald Trump nous plombe et que les marchés grondent, la France se doit d’éviter d’ajouter la crise à la crise en provoquant une catastrophe financière par des déclarations imprudentes.

Certes, beaucoup de tout cela est exact. Et surjouer fait partie de l’art politique. Mais on sent qu’Emmanuel Macron ne veut pas quitter le pouvoir sans imprimer sa marque jusqu’au bout. Et régler quelques comptes au passage. Ah ! Quel délice de voir ses deux anciens Premiers ministres donnés par lui à la France, ces infâmes Judas, subir son homélie en silence. D’annoncer qu’il parlera ce jeudi aux Français à la télévision le soir de l’Heure de vérité programmée (et du coup reportée) d’Édouard Philippe. Et de tancer l’ensemble de l’aréopage qui lui reproche les milliards de la dette, écouter son sermon : « Je trouve singulier que les partis politiques qui pensaient qu’il fallait dépenser plus durant les crises affirment qu’il faut rembourser moins aujourd’hui »…

54 milliards pour rassurer les marchés

Voilà comment on en vient à proclamer 54 milliards d’économies, quand 15 jours plus tôt, il n’était question que de 30 milliards. Avec le Président, Sébastien Lecornu a bien monté son coup. Surprise générale, jusqu’aux ministres qui ont semblé découvrir cette somme destinée à matraquer l’opinion et rassurer les marchés, le jour même où le chef de l’État sonnait quasiment le tocsin, avec des préfets missionnés pour protéger les sites vulnérables. Comment critiquer un exécutif en proie à pareils périls, la déroute financière et la guerre hybride de haute intensité ?

C’est sans doute pour cela que peu de questions ont été posées sur le mystérieux et subit passage de 30 à 54 milliards. On sait maintenant que 9 milliards d’économies non réalisées en 2026 ont été reportés opportunément. Restent 15 milliards. Notre déficit n’a pas dérapé autant en deux semaines. C’est en réalité un peu de « gonflette » pour épater les marchés. Les « efforts » à consentir (et non les « économies » à réaliser) seraient calculés « en tendanciel », selon une trajectoire de hausse, prévisible ou promise, des différentes dépenses. Selon que l’on calcule cette augmentation avec des yeux optimistes (comme dans le dernier budget qui a dérapé) ou plus pessimistes (comme aujourd’hui), on obtient un effet d’annonce plus ou moins frappant.

Les retraités dans le viseur

Ce résultat devait être assez spectaculaire pour justifier que l’on s’attaque aux retraites, ce grand tabou français, particulièrement en période électorale. Mais là encore, il y a une légère tromperie sur la marchandise. Les pensions des plus aisés sont à peine touchées : au-dessus de 2 000 euros mensuels, on passe dans le régime Agirc-Arrco, géré par les partenaires sociaux.

Le gel ou la sous-indexation proposés par le gouvernement concernent donc surtout les Français les plus modestes, essentiellement bénéficiaires d’une retraite de base de la Sécurité sociale. Mais ils sont évidemment les plus nombreux. Reste à démontrer qu’avec une mesure partielle sur la désindexation et la baisse (non la suppression) du plafond des 10 %, on arrive à près de 6 milliards. À vos calculettes, messieurs les experts…

L’exécutif face à la présidentielle

En attendant d’y voir plus clair, le couple exécutif navigue entre les récifs en espérant ne pas se fracasser d’ici l’élection présidentielle. Et de ne pas être qualifié de « capitaines de pédalo », selon la formule de Jean-Luc Mélenchon visant François Hollande en 2012. On n’est jamais à l’abri d’un bon, ou d’un mauvais, mot…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse