Rima Hassan – Ben Gvir : d’un extrême l’autre

par Sébastien Lévi |  publié le 04/04/2026

L’eurodéputée Rima Hassan, dont l’antisionisme radical confine à l’antisémitisme, trouve en la personne du ministre israélien de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, partisan de la peine de mort pour les terroristes palestiniens, un allié objectif.

Rima Hassan, avocate franco-palestinienne et députée européenne du parti La France Insoumise (LFI). (Photo MILOS BICANSKI / Getty Images via AFP) - Le ministre israélien de la Sécurité nationale et homme politique d'extrême droite, Itamar Ben-Gvir. (Photo AHMAD GHARABLI / AFP)

Dans la vision du monde de Rima Hassan, Israël est un État colonial, illégitime, illégal et raciste, et la liste n’est pas exhaustive. Elle voit dans ce pays le coupable ultime et ontologique. Un moyen idéal de se faire connaître, élire et d’exister médiatiquement, sans jamais rien apporter de significatif sur le plan des idées ou législatif au Parlement européen.

Son pendant israélien, le ministre de la Sécurité Itamar Ben Gvir, a longtemps été une figure marginale et extrémiste dans le paysage médiatique et politique israélien. Proche de l’extrême-droite la plus radicale dès son plus jeune âge, menaçant Yitzhak Rabin quelques semaines avant son assassinat, il présentait un profil si douteux qu’il a longtemps été placé sous surveillance par le Shin Beth (service de renseignement intérieur israélien), et que Tsahal n’a pas voulu de lui dans ses rangs. Plus récemment, il est à l’origine de la loi sur la peine de mort pour les terroristes palestiniens, qui a suscité une indignation mondiale cette semaine.

Provocations et tensions en Israël

Loin de s’assagir après avoir été nommé ministre de la Sécurité intérieure par Netanyahou, il en a profité pour multiplier les provocations, notamment en se rendant sur l’esplanade des Mosquées (le mont du Temple pour les Juifs), et en donnant des instructions à la police pour durcir la répression contre les manifestants opposés à la réforme de la justice du gouvernement et à l’affaiblissement de la démocratie israélienne. Hostile à tout accord sur les israéliens retenus par le Hamas, il n’a cessé de manifester son mépris envers les familles de ces otages, qu’il mettait lui aussi en péril avec sa rhétorique toujours plus violente envers les Palestiniens. Figure avant tout médiatique, il a laissé la criminalité exploser au sein de la population arabe israélienne, autant par racisme que par incompétence.

Une polarisation aux effets politiques

Ben Gvir incarne une facette d’Israël qui le rend méconnaissable, comme Pierre Benoit l’a décrit si justement dans ces colonnes. Ce nouveau visage d’Israël réjouit au plus haut point Rima Hassan, toute à sa haine obsessionnelle du pays. Elle lui offre un angle d’attaque idéal, bien que partiel et partial, en le dépeignant comme raciste et violent. Cette normalisation de l’extrémisme dans la sphère publique, à laquelle s’opposent de très nombreux Israéliens, est d’ailleurs l’un des pires héritages de Netanyahou, qui fragilise considérablement Israël sur le plan intérieur et international.

Netanyahou et Mélenchon sont des apprentis sorciers ayant donné une visibilité et une légitimité injustifiables à ces deux personnages. Rima Hassan et Itamar Ben Gvir sont les deux faces d’une même pièce : celle de l’intolérance, de la négation de l’autre, du racisme et de l’incitation à la violence. Et l’inculpation de Rima Hassan pour apologie du terrorisme ne fait que les rapprocher davantage… Ils sont les reflets d’une époque qui préfère le « clash » à la nuance, les effets de manche à la compétence, l’absolutisme au compromis. Ils sont en ce sens des incarnations tristement symboliques des maux des sociétés française et israélienne.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis