RN : le voile d’ignorance

par Rémy Goubert |  publié le 09/09/2026

Choquante dans son principe, l’idée de réprimer les femmes portant le voile dans la rue, avancée par le RN, traduit surtout un amateurisme politique effrayant, alors même que ce parti se targue de gouverner le pays.

Femmes voilées. Fontenay-sous-Bois, 26 mars 2022. (Photo Aline Morcillo / Hans Lucas via AFP)

Les cendres de cet été dévastateur fument encore. Notre faune suffoque, notre flore s’étiole sous les assauts d’une urgence climatique qui ne s’encombre plus de métaphores, la tension géopolitique est à son comble, la France connaît une augmentation du chômage, notre modèle de protection sociale est débattu…

Le RN se divise sur le voile

En cette rentrée 2026, la France fait face à ses véritables défis : la préservation d’un écosystème à l’agonie, la lutte contre des inégalités béantes, la relance d’une économie en difficulté et la protection d’une démocratie sans cesse fragilisée. Face à ce vertige, on attendrait de ceux qui prétendent aux plus hautes sphères de l’État une boussole claire et une vision d’envergure. À la place, le Rassemblement national nous offre le spectacle d’une cacophonie stérile.

Leur urgence absolue ? Le port du voile dans la rue. Mais même sur ce terrain, pourtant érigé en pilier de leur rhétorique, la machine s’enraye. La ligne du parti ressemble moins à un cap politique qu’à un concours d’improvisation. Observez la séquence : Jean-Philippe Tanguy dégaine l’idée d’une amende, Jordan Bardella, cherchant la posture de l’homme d’État (sans jamais la trouver), botte en touche et réclame un référendum. Quant à Andréa Kotarac, ex-insoumis passé au Rassemblement national, il balaye la proposition d’un revers de main, suggérant de ne finalement rien faire.

Une amende, un référendum ou le statu quo. Trois cadres, trois directions, zéro cohérence. Cette boussole affolée trahit bien plus qu’une simple panique médiatique ; elle met en lumière un amateurisme structurel et une incapacité flagrante à gouverner, incapable de s’accorder sur ses propres obsessions. Eux aussi se targuent-ils avec fierté d’être des amateurs ?

Le voile d’ignorance selon John Rawls

Faisons un pas de côté et convoquons la philosophie, précisément ce fameux voile d’ignorance vulgarisé par John Rawls. Imaginez un instant un être purement rationnel, s’apprêtant à naître dans la France de notre époque. Sous ce voile, il ignore tout de son futur : sera-t-il homme ou femme, riche ou pauvre, croyant ou athée ? S’il devait dicter les priorités absolues de la nation pour garantir une société juste et viable, quelles seraient-elles ?

La réponse tombe comme une évidence. Ce législateur impartial exigerait des mesures drastiques pour sauver l’environnement, des boucliers pour l’égalité des chances et des leviers pour la prospérité commune. En aucun cas, absolument aucun, cet être de raison ne placerait au sommet des urgences nationales la nécessité d’embêter des femmes qui marchent dans la rue avec un foulard sur la tête.

D’ailleurs, comme l’affirmait avec justesse l’eurodéputé socialiste François Kalfon, comment distinguer une femme croyante d’une autre qui porte un tissu sur la tête pour une raison tierce, de santé ou de mode tout simplement ?

Le sérieux politique en question

Quel que soit l’avis porté sur le voile, il convient de constater que l’obsession du RN reste de contraindre les femmes qui le portent, autrement dit de contraindre les femmes tout court. En s’acharnant sur des polémiques vestimentaires à l’heure où nos écosystèmes brûlent, où la France est à la croisée des chemins, le parti qui a cherché à se dédiaboliser pendant des années se heurte à quelque chose d’indépassable : le sérieux. Le RN déchire lui-même son masque, jour après jour : il n’a ni vision, ni autorité, mais le vide d’un projet qui s’obstine à jouer sur l’ignorance et la peur des Français.

Rémy Goubert