Rome, le cinéma sous les étoiles

par Marcelle Padovani |  publié le 21/06/2026

À Rome, le phénomène Cinema in Piazza, ce cinéma gratuit à ciel ouvert, attire chaque soir près de 3 000 jeunes et pourrait rassembler 100 000 spectateurs d’ici la fin de l’été. De quoi raviver l’image d’une Rome redevenue capitale du cinéma.

Des spectateurs assistent à la projection du film « Underground » au Monte Ciocci lors de la kermesse « Il Cinema In Piazza » organisée par Piccolo America le 17 juillet 2021 à Rome. (Photo Franco Origlia / Getty Images via AFP)

Dès 20 heures, les places se remplissent dans le parc de la Cervelletta, le parc de Monte Ciocci ou sur la piazza San Cosimato, au cœur du Trastevere, le quartier bobo de la capitale. Le public, âgé en moyenne de 22 ans, se compose essentiellement d’étudiants qui peuvent profiter de projections jusqu’à minuit.

Le phénomène est né à l’été 2012, lorsque fut envisagée la fermeture du Cinema America, une salle de 700 places du Trastevere destinée à être transformée en parking. Un étudiant en droit, Valerio Carocci, s’y oppose et occupe les lieux pendant deux ans. Il mène des recherches actives, contacte cinéphiles, producteurs, acteurs, journalistes et responsables politiques.

Valerio Carocci devient le leader naturel d’un mouvement opposé à la fermeture des salles, mais surtout le promoteur d’une ambition plus large : réconcilier les citoyens avec le cinéma. Et avec la vie collective. En redonnant vie à une tradition populaire autour d’un art qui a connu à Rome une forme d’âge d’or. Dix ans plus tard, le pari semble gagné.

Le Cinema Troisi, vitrine du renouveau

Car aujourd’hui, même s’il ne reste plus que quarante salles ouvertes à Rome contre cinquante-trois en l’an 2000, on ne parle plus guère de « mort du cinéma ». On constate au contraire que le grand écran a encore un grand public, comme le souligne Valerio Carocci.

Cette année, il a organisé, au seul Trastevere, 95 projections et 35 rencontres avec une impressionnante liste d’invités, souvent venus de France. Léa Seydoux, par exemple, est chargée de présenter trois films les 27, 28 et 29 juin, dont Le Feu follet de Louis Malle (1963). Parmi les habitués figurent également Matthieu Kassovitz, Olivier Assayas ou encore Jacques Audiard.

Entre-temps, afin d’élargir son projet, Valerio Carocci a eu l’audace d’ouvrir une salle de 500 places, toujours au Trastevere : le Cinema Troisi. Celui-ci projette en moyenne six films par jour, de 11 heures du matin à 2 heures de la nuit, organise des débats, propose des séances spéciales destinées aux jeunes parents accompagnés de leurs enfants et met gratuitement à disposition un espace de travail de 45 places en intérieur et 35 sur la terrasse.

Le tout est financé grâce à des soutiens privés — ACEA dans l’énergie, la maison Giorgio Armani, BNP Paribas notamment — ainsi qu’à des financements publics, en premier lieu ceux de la mairie de Rome.

Un modèle économique sous surveillance

Le succès est là. Reste à savoir comment il se traduira économiquement. Car il faut financer les trente salariés à temps plein du Cinema Troisi, les dix-huit employés affectés aux projections destinées aux familles, ainsi que la centaine de personnes mobilisées chaque été pour le Cinema in Piazza.

« Cela représente exactement les 850 000 euros de notre budget annuel », répond tranquillement Valerio Carocci, avant de confier son rêve : ouvrir un jour à Paris, avec ses amis et partenaires français, une déclinaison hexagonale du festival.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome