Sabotage des Midterms : l’autre guerre de Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 08/04/2026

Tandis que Trump multiplie les sorties baroques et contradictoires sur l’Iran, le travail de sape contre l’équité des élections de mi-mandat se poursuit. La vigilance citoyenne sera plus que jamais nécessaire face à un président prêt à tout pour garder son pouvoir.

Le 31 mars 2026, le président américain Donald Trump signe, depuis le Bureau ovale, un décret visant à restreindre le vote par correspondance à l'approche des élections de mi-mandat. Ce décret intensifie sa volonté de limiter ce mode de scrutin populaire. (Photo Brendan SMIALOWSKI / AFP)

En tête des traditionnels canulars du 1er avril outre-Atlantique, figurait le report des élections de mi-mandat par Trump au mois de mai 2027, dans un tweet publié par le très fin connaisseur des États-Unis Jean-Éric Branaa. Un canular d’autant plus crédible et trompeur dans le contexte des attaques répétées de Trump contre la démocratie américaine, notamment autour de ces élections de mi-mandat.

Offensive sur le droit de vote

Trump a mis en garde les élus républicains contre la défaite, qui conduirait à son probable impeachment, et il les a enjoints de nationaliser ce scrutin qui est pourtant la prérogative des États. Il tente depuis de faire passer une loi très restrictive sur le droit de vote, le « Save America Act », notamment en rendant plus difficile le vote des femmes mariées ayant changé de nom. Si officiellement, cette mesure porte simplement sur la nécessité de présenter une pièce d’identité, la réalité est tout autre, et elle explique l’opposition résolue du Parti démocrate, y compris de son aile la plus modérée, ainsi que le soutien très timide des républicains historiques.

Outre le droit de vote, Trump laisse planer l’idée, par l’intermédiaire de proches, d’envoyer la police de l’immigration ICE près des bureaux de vote le jour de l’élection, au prétexte de lutter contre la fraude. La manœuvre, limpide, vise en fait à intimider les électeurs des minorités ethniques, surtout hispaniques, ciblés systématiquement par ICE même quand ils sont citoyens américains, et parfois envoyés en détention pendant des semaines.

Stratégie de contestation anticipée

Enfin, Trump a renouvelé ses attaques contre le vote par correspondance avec l’objectif de semer le doute sur cette procédure et de dissuader des électeurs d’y recourir. Ce mode de scrutin est particulièrement plébiscité par les familles monoparentales ou les classes populaires qui ne peuvent s’absenter pour aller voter, alors que de nombreux bureaux de vote ont été fermés dans les États républicains et que le jour du vote n’est pas férié aux États-Unis.

Outre cette volonté manifeste de compliquer, voire de saboter le vote parmi des électorats qui lui sont peu favorables, ces attaques de Trump ont aussi pour but de mettre en doute par avance sa légitimité à contester la victoire possible des démocrates. Or, il s’agit là du scénario le plus probable au vu de l’impopularité de Trump, des sondages et des précédents historiques des midterms pour le parti aux affaires à la Maison-Blanche.

Depuis le 6 janvier 2021, les Américains (et le monde entier) savent que Trump ne reculera devant rien pour garder le pouvoir. À la tête d’une administration incompétente et corrompue, il sait que la victoire des démocrates marquerait non seulement la fin effective de sa présidence, mais aussi le début d’ennuis judiciaires majeurs. Cette configuration le rend particulièrement dangereux et appelle à une mobilisation citoyenne massive, déjà perceptible lors des manifestations No Kings, ainsi qu’à une vigilance démocratique de tous les instants.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis