Sahel : le Bénin renoue avec son voisinage
À peine élu, Romuald Wadagni a pris la route du Sahel pour renouer le dialogue avec le Niger et le Burkina Faso. Un premier geste diplomatique qui pourrait redonner au Bénin une place centrale en Afrique de l’Ouest.
Au terme des deux mandats de Patrice Talon, le Bénin apparaît en relativement bonne santé économique et politique. Sous son autorité, ce pays d’environ quinze millions d’habitants a enregistré des progrès significatifs en matière de développement et bénéficie aujourd’hui de perspectives de croissance estimées à près de 7 % par an. La production de coton et le port de Cotonou en constituent les principaux moteurs, même si ce dernier souffre désormais des difficultés liées à l’exportation du pétrole nigérien, dont il demeure un débouché essentiel.
Sur le plan politique, malgré la tentative de coup d’État de décembre dernier, la transition entre Talon et son successeur s’est déroulée dans un climat globalement apaisé. Il est vrai que l’ancien président avait pris soin d’écarter en amont toute concurrence sérieuse à son dauphin désigné.
Des tensions régionales persistantes
En revanche, les relations du Bénin avec ses voisins se sont fortement dégradées ces dernières années, en particulier avec les trois juntes du Sahel, qui lui reprochaient sa proximité supposée avec la France. Au-delà de cette accusation, les tensions trouvent leur origine dans les infiltrations croissantes de groupes djihadistes dans le nord du pays, à la frontière du Niger et du Burkina Faso, une zone difficile à contrôler malgré les ambitions touristiques du parc national béninois.
Autre sujet de discorde : les difficultés rencontrées par le Niger avec la société chinoise exploitant son pétrole et leurs conséquences sur l’acheminement de cette ressource par oléoduc jusqu’au port de Cotonou. Les tensions se sont progressivement aggravées. Le Bénin a ainsi accusé le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte nigérienne, d’avoir été, sinon à l’origine, du moins complice, de la tentative de coup d’État menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri en décembre 2025. En retour, le général Tiani a vu la main du Bénin — et de la France — derrière les attaques djihadistes visant notamment l’aéroport de Niamey.
L’élection de Romuald Wadagni semble avoir contribué à détendre l’atmosphère. Les premiers gestes d’ouverture sont d’ailleurs venus du Sahel, avec l’envoi de délégations de haut niveau à sa cérémonie d’investiture. Le chef du gouvernement nigérien lui-même a remis au nouveau président une invitation officielle de Tiani à se rendre à Niamey.
Profitant de cet état de grâce, Wadagni a accepté l’invitation et proposé, dans le même temps, au chef de la junte burkinabè, Ibrahim Traoré, une rencontre à Ouagadougou. Il s’est également rendu au Togo, avec lequel les relations s’étaient, elles aussi, dégradées, avant d’achever sa tournée régionale par des visites éclair à Abidjan et à Accra.
Ces déplacements, notamment au Niger et au Burkina Faso, ne régleront évidemment pas tous les différends accumulés ces dernières années. Mais le dialogue a été rétabli. La question sécuritaire a occupé une place centrale dans les échanges et la réouverture prochaine de la frontière entre le Niger et le Bénin paraît désormais probable.
Un repositionnement stratégique en Afrique de l’Ouest
L’essentiel réside cependant dans la portée politique de ces visites. Confrontés à l’emprise grandissante des groupes djihadistes, le Niger et le Burkina Faso souffrent de plus en plus de leur isolement régional, malgré le soutien de partenaires extérieurs comme la Russie. Restaurer des relations fonctionnelles avec le Bénin et avec le corridor stratégique menant au port de Cotonou est devenu une nécessité presque vitale pour ces deux pays enclavés.
Le Bénin y trouve également son intérêt. Son port a vocation à servir de moteur économique à un vaste arrière-pays qui s’étend jusqu’au Sahel. Le réchauffement avec le Togo sera sans doute plus complexe, notamment en raison des soupçons entourant la présence de Pascal Tigri sur son territoire, mais aussi de la concurrence persistante entre les ports de Lomé et de Cotonou.
Par ailleurs, Wadagni ne poursuit pas uniquement un objectif de normalisation diplomatique. Ses voisins traversent eux aussi de sérieuses difficultés : instabilité politique en Côte d’Ivoire après la réélection contestée d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat, crise du cacao et du café qui touche également le Ghana, lourd endettement de ce dernier, menace djihadiste persistante au Sahel.
Dans ce contexte, le Bénin, fort de sa stabilité politique et de son dynamisme économique relatif, peut être tenté de jouer un rôle de rassembleur dans une Afrique de l’Ouest particulièrement fragmentée ces dernières années. Le fait que la première visite présidentielle de Wadagni ait été réservée à Bola Tinubu au Nigeria, autre poids lourd régional, lui aussi confronté à de multiples défis internes, constitue à cet égard un indice intéressant.
Au moment où la Côte d’Ivoire et le Sénégal semblent davantage absorbés par leurs propres difficultés, le Bénin pourrait être tenté d’occuper un espace diplomatique laissé vacant et de s’affirmer comme l’un des nouveaux pôles d’équilibre de l’Afrique de l’Ouest.



