Séminaire du RN : dents longues et couteaux tirés

par Boris Enet |  publié le 17/04/2026

Sous couvert de clarification stratégique, le « séminaire présidentiel » du RN a surtout vocation à contenir les lignes de fracture internes. Un équilibre de plus en plus précaire, à mesure que l’échéance judiciaire se rapproche pour Marine Le Pen.

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, et Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, s'adressent à la presse lors de leur visite au Salon international de l'agriculture de Paris, le 26 février 2026. (Photo : Ludovic MARIN / AFP)

Les 16 en 17 avril, se tenait le « séminaire présidentiel » du Rassemblement national dans l’Essonne, réunissant les deux branches du parti : marinistes et partisans de Bardella. Dans l’attente de la sanction judiciaire probable du 7 juillet invalidant la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle, les deux états-majors sont condamnés à s’entendre.

Ce n’est pas la nuit des longs couteaux… mais les divergences idéologiques de ce binôme sont profondes. C’est la révolution nationale version souverainiste et étatiste pour les unes, et la tentation libérale autoritaire pour les autres. Ce ne sont ni les mêmes programmes ni les mêmes dindons qui, à la fin, paient l’addition. Marine Le Pen, dans la continuité de son père, s’inscrit dans une tradition populiste et poujadiste qui a toujours bénéficié d’un ancrage populaire, quand Jordan Bardella est devenu le chantre de l’union des droites sous tutelle nationaliste.

Divergences idéologiques et lignes internationales

Sur le plan international, si les deux têtes de l’extrême-droite partagent une poutinophilie convergente parce qu’elle est une marque d’affirmation anti-européenne, au même titre que la fascination pour le clan Maga en perdition, l’attachement moscovite a ses limites chez Bardella, scrutant les agissements de Giorgia Meloni dont il se réclame régulièrement. Cela ne renvoie pas seulement à des divergences de fond que le trentenaire ne maîtrise qu’approximativement, mais aussi à une rupture générationnelle. Marine Le Pen, parfois à son corps défendant, est l’héritière et la butte témoin d’un parti fascisant à l’ancienne, quand Bardella est l’incarnation locale des nouveaux leaders, formellement modernes, affairistes, au look soigné et d’abord soucieux de leur réussite individuelle en guise de revanche sociale sur des études sommaires. Cette césure existe partout en Europe, à commencer par l’Italie entre Salvini et les troupes de la Ligue, arborant les tee-shirts à l’effigie de Poutine, et la prudence d’une Meloni, jamais prête à abandonner le confort douillet de l’UE pour l’aventurisme Maga et ses prolongements le long de la Volga, quitte à essuyer les foudres de l’aliéné de Mar-a-Lago. Demain, les fonds européens promis iront bien à la défense ukrainienne, à la barbe de Mélenchon, Le Pen et Bardella réunis.

Une unité fragile avant le 7 juillet

Or, dans un contexte de péril international, les idoles du RN en Europe ne font plus rêver : le modèle hongrois illibéral est désormais renversé, le gouvernement italien, présenté un temps comme un modèle du genre, est entré en crise. Démographique, démocratique et judiciaire, la fracture est triple à Rome et l’usure du pouvoir beaucoup plus précoce qu’à Budapest. Les groupes rivaux de la droite identitaire au Parlement de Strasbourg, suppôts de ces figures d’autorité, échouent au plus mauvais moment. Il ne reste guère aux meilleurs ennemis que sont Le Pen et Bardella que des matrices idéologiques à l’instar du grand remplacement, de la fin de l’Occident ou du climato-scepticisme, ainsi que la thématique du retour à l’ordre pour maintenir une unité de façade dont on ignore si elle serait suffisante pour convaincre 50 % des voix plus une dans l’opinion.

Bien sûr, l’un et l’autre peuvent se réconforter en comptant les ralliements venus des radeaux de la droite classique, l’expertise de quelques énarques et cadres de premier plan dont le parti à la flamme ne bénéficiait pas dans un passé récent. Reste que les propositions économiques du RN buttent sur les mêmes contradictions que les postures politiques, contradictoires terme à terme, entre servir les couches du patronat les plus rétrogrades et un vote de classe essentiellement composé d’employés qui perçoivent, à tort, le RN comme un possible réducteur d’inégalités.

Autrement dit, le séminaire de l’Essonne est surtout destiné à établir un plan de communication et de bonne conduite entre deux clans rivaux jusqu’au 7 juillet, date du couperet. Aller au-delà consisterait à fragiliser un édifice devenu brinquebalant. À compter du 8, le pugilat commencera et encore faudra-t-il compter sur la nièce de la tante et de son grand-père défunt, sans compter Sarah Knafo, techno-identitaire nationaliste décomplexée, prête à tout pour enterrer la PME des Le Pen.

Boris Enet