SOS culture
Fort de son expérience et de sa forte conviction, Jérôme Clément, ancien président d’Arte, sonne l’alarme face à l’évolution dangereuse de la politique culturelle en France.
Le monde de la culture, il faut le dire sans méchanceté, a souvent tendance à crier avant d’avoir mal. Passionnés, inquiets, conscients de leur propre fragilité dans le monde de la marchandise, artistes, créateurs et producteurs sont toujours prompts à fustiger les gouvernements, coupables à leurs yeux de négligence et de pingrerie envers la culture. Seulement voilà : il se peut que, pour la première fois en France depuis longtemps, ils aient entièrement raison. La démonstration en est faite dans le livre de combat efficace, concis et éloquent que notre ami Jérôme Clément publie aujourd’hui (*).
IA, lecture et cinéma sous pression
Il y a d’abord les tendances de fond : le choc de l’IA qui pille les productions intellectuelles et draine l’attention du public pour le plus grand bénéfice des multinationales sans acquitter le moindre sou de droits d’auteur ; la baisse angoissante de la lecture, liée aux insuffisances de l’Éducation nationale, à la redoutable concurrence des séries diffusées par Netflix et consorts, et à l’occupation agressive du « temps de cerveau disponible » des lecteurs par l’implacable machine à décerveler qu’actionnent les réseaux sociaux. Ou encore la crise du cinéma, liée à ces mêmes phénomènes, qui n’a pas encore atteint la France, mais qui plonge Hollywood, l’usine à rêves, dans un cauchemar qui a peu de chances de rester confiné au marché américain.
La bataille culturelle gagne les territoires
À ces menaces technologiques et économiques s’ajoute depuis quelques années l’offensive en règle menée par une droite et une extrême droite qui sont décidées, pour parvenir au pouvoir, à mener la bataille culturelle autant que la bataille politique. Le RN, la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, ou encore Laurent Wauquiez ont dans leur viseur des productions culturelles accusées de faire le lit du « wokisme » et de l’extrême gauche, réquisitoire propagandiste qui sert de prétexte à une baisse des crédits ou bien à leur réorientation vers le patrimoine ou les créations les plus traditionnelles, aux dépens de l’art vivant et de la création. L’empire Bolloré, le RN, encore lui, et le ciottiste Charles Alloncle ont sonné la charge contre les services publics de l’audiovisuel, dont ils visent en fait la privatisation, ou la réduction à la portion congrue, sous couvert de réclamer leur réforme.
L’État face au recul culturel
À ces attaques en règle, le centre droit au pouvoir et la gauche opposent le pire des remèdes : l’indifférence. Le ministère de la Culture sous Macron a connu une valse des titulaires couronnée par le magistère baroque et nul de Rachida Dati. Les crédits de la culture ont subi une érosion continue, alors même que leur modicité relative (0,74 % du budget) et la fragilité croissante du secteur devraient autoriser un effort spécifique. Et plus que l’argent, c’est la volonté, exprimée par un discours fort sur l’importance de la création dans ce monde en crise, qu’on ne trouve ni dans les propos gouvernementaux, ni dans les déclarations de l’opposition. Tel est l’avertissement à la fois solennel et lapidaire lancé par Jérôme Clément, où tout citoyen conscient des enjeux culturels trouvera des remèdes urgents, appuyés sur un diagnostic convaincant.
(*) Jérôme Clément, Culture : alerte rouge !, Éditions du Croquant, 140 pages, 7,50 euros.



