Tondelier minable

par Laurent Joffrin |  publié le 06/07/2026

La cheffe des Verts, en bonne sous-marine de LFI, attaque Raphaël Glucksmann sur ses origines sociales. Une bonne manière d’élever le niveau du débat à gauche…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Encore une fois, Marine Tondelier s’est distinguée par la profondeur de ses vues et l’élégance de ses critiques. Interrogée sur les positions de Raphaël Glucksmann et de son mouvement Place Publique, lors du Festival des Idées de La Charité-sur-Loire, la cheffe des Verts a placé très haut la barre du discours public. Reprochant au candidat son refus de toute union avec LFI, elle lui a lancé cette flèche à la fois subtile et réfléchie : « Peut-être que, pour lui et son fils, ça ne change pas grand-chose d’avoir Rachida Dati ou Emmanuel Grégoire » (comme maire de Paris). Glucksmann, a-t-elle ajouté, fait partie de ces « privilégiés » qui peuvent s’offrir « le luxe » de refuser l’union avec LFI et de perdre les municipales au nom de « valeurs ».

Une attaque centrée sur les origines sociales

On se demande en premier lieu ce que le fils de Raphaël Glucksmann, compte tenu de son jeune âge, vient faire dans cette polémique, sinon pour désigner la famille du candidat à la vindicte sociale de l’opinion. Fine analyse politique… On lui fera ensuite remarquer qu’Emmanuel Grégoire, qu’elle cite comme exemple pour recommander l’union avec les Insoumis, s’est justement fait élire contre Rachida Dati en refusant tout accord avec LFI. Pas de chance… Faut-il enfin reprocher à un autre candidat de gauche le fait d’avoir « des valeurs » ? Le cynisme tactique et l’obsession électorale seraient donc l’ultima ratio.

Le débat sur la notion de « privilégié »

Mais c’est surtout le terme de « privilégié » qui retient l’attention. Glucksmann étant le rejeton d’une famille intellectuelle relativement aisée, il est exclu par Tondelier du champ de la gauche légitime. Colossale découverte, qui repose toutefois sur quelques oublis. Citons, à la volée, quelques leaders de la gauche qu’il faut ranger dans la même catégorie honnie des « privilégiés » : Léon Blum, fils d’une famille de commerçants aisés, normalien et conseiller d’État ; François Mitterrand, issu de la petite bourgeoisie charentaise et d’une formation catholique passablement réactionnaire ; Vladimir Illitch Oulianov, dit Lénine, fils d’un fonctionnaire du tsar ; Friedrich Engels, fils d’un industriel prospère, etc. Une fausse gauche, en somme…

Les références historiques en question

Peut-être la cheffe des Écologistes aurait-elle pu discuter, quitte à les réfuter, les propositions de Glucksmann. Il est vrai que la chose est plus malaisée : Place Publique a mis au premier rang de son projet la transition écologique… Mieux vaut taper au-dessous de la ceinture.

Rappelons, pour finir, que Marx lui-même se méfiait de l’ouvriérisme d’une partie du mouvement socialiste, jugeant que les idées, le programme, l’action des membres de l’Internationale comptaient bien plus que leur origine sociale et qu’on pouvait fort bien, comme lui, défendre les intérêts de la classe ouvrière sans en faire partie. Mais Tondelier la rouge a-t-elle lu, ou même parcouru, une quelconque histoire du mouvement ouvrier ?

Laurent Joffrin