Trois guerres pour sauver Netanyahou
Le Premier ministre israélien est menacé d’une défaite électorale en octobre. Pour l’éviter, il compte sur les conflits de Gaza, de Cisjordanie et du Liban.
Le maintien de Benyamin Netanyahou au centre de l’échiquier politique est l’enjeu principal du scrutin du 27 octobre. Le Premier ministre sortant domine la vie politique israélienne depuis dix-huit ans, pas sûr pour autant qu’il ait dit son dernier mot. Il sait qu’une défaite serait une débâcle le mettant à coup sûr dans les griffes de la machine judiciaire en raison des faiblesses de l’appareil sécuritaire apparues le 7 octobre. Sur le terrain électoral comme sur celui de la guerre, Netanyahou conduit plusieurs campagnes à la fois.
Gaza éloigne Netanyahou de Washington
À l’ouverture du Conseil des ministres du 9 août, le Premier ministre israélien prend la parole : « Israël rejette le document en 15 points. Tsahal n’effectuera aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé. » Le message s’adresse à Washington. Netanyahou remet en cause l’accord conclu par l’administration Trump avec le Hamas en octobre dernier. Cette feuille de route devient aussitôt lettre morte : l’armée israélienne contrôle encore 70 % de l’enclave gazaouie, elle ne bougera plus. Le Conseil pour la paix créé par Trump pour gérer la transition restera une coquille vide pour longtemps encore. Depuis l’arrêt des affrontements avec le Hamas, plus de 1 200 Palestiniens ont été tués à Gaza par Tsahal.
On pourrait voir dans ce rejet du plan américain une forme de surenchère liée à la campagne électorale. En réalité, cette crispation sur Gaza souligne combien les agendas de Washington et de Jérusalem sont désormais éloignés. La méfiance de Netanyahou était déjà perceptible lorsque l’État hébreu n’a pas repris les combats contre l’Iran après la rupture du cessez-le-feu d’avril dernier.
Cisjordanie et Liban, deux autres fronts
Les méthodes pratiquées à Gaza lors de la riposte à l’attaque du Hamas d’octobre 2023 sont désormais développées en Cisjordanie, second champ de bataille de Netanyahou.
Depuis juillet, la ville de Naplouse – 170 000 habitants – est encerclée par l’armée. L’objectif affiché est de ramasser les armes en ratissant les quartiers et les villages alentour. Le ministre de la Défense Israël Katz a lancé une vaste opération à la suite d’affrontements entre Israéliens et villageois au cours desquels un soldat, deux colons et deux Palestiniens ont trouvé la mort. Il a ordonné l’accélération des implantations illégales de colons dans la région. Selon l’ONG israélienne « Peace Now », 118 communautés palestiniennes de Cisjordanie ont été déplacées de force entre 2023 et 2025.
Avec le soutien du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, les colons sont à l’offensive pour s’emparer des terres palestiniennes. Le ministre suprémaciste a menacé de faire appel à l’armée pour raser les bourgs où se produisent des incidents. Les colons israéliens n’ont pas même eu besoin de former une sorte d’OAS locale pour mettre en route leur projet : Tsahal leur apporte tout son soutien dans cette lutte contre les villageois palestiniens.
Au Liban, les villages du sud ont aussi été rasés. Le combat contre le Hezbollah est le troisième champ de bataille du candidat Netanyahou.
Commentant la création d’une zone de sécurité pour empêcher les tirs des « proxys » de Téhéran, Israël Katz a précisé que 24 villages libanais ont été détruits, empêchant tout retour des habitants. Il s’agit, là aussi, d’un message envoyé à Trump. Le président libanais Joseph Aoun était à Washington le 21 juillet pour donner son aval à un accord avec Israël concernant le désarmement du Hezbollah. Problème : le maintien de Tsahal dans le sud du pays rend impossible la démilitarisation de la milice chiite. Pire, cette situation lui confère une légitimité apparente de « résistance » face à une occupation illégale.
Netanyahou joue son avenir politique
La dynamique électorale permet à Netanyahou de mettre en avant toutes les campagnes militaires en cours. C’est aussi qu’il est à la peine dans les sondages.
Au début de la campagne, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, issu de l’extrême droite religieuse, était en tête. Depuis quelques semaines, l’ex-chef d’état-major Gadi Eisenkot a pris l’avantage. À ce stade, aucun des deux blocs d’opposition n’aurait la capacité de gouverner seul avec une majorité stable de 61 députés à la Knesset. Sur les enjeux militaires, il n’y a guère de différence entre les principaux challengers. Presque tous les partis soutiennent le principe d’une zone de sécurité à Gaza comme au sud du Liban. Le 7 octobre a fait basculer l’opinion vers un rejet de tout dialogue avec les Palestiniens : désormais, le corps électoral est clairement à droite.
La ligne de clivage suit d’autres chemins, la question du pouvoir d’achat par exemple ou, plus encore, le rejet des méthodes de gouvernement de Netanyahou, surtout sa volonté de boycotter la Cour suprême. En l’absence d’une constitution écrite, cette dernière incarne à elle seule l’État de droit en Israël. Netanyahou a volontairement adopté une position clivante en déclarant haut et fort qu’il ne suivrait pas la décision de la Cour suprême qui doit statuer sur le rachat d’une chaîne de télévision par des investisseurs hostiles au gouvernement actuel. Cette dérive illibérale n’est pas nouvelle, on se souvient des mobilisations de 2024 où les Israéliens étaient dans la rue pour défendre l’État de droit.
Netanyahou se présente devant les électeurs en chef de guerre seul capable d’être le rempart contre les menaces qui pèsent contre son pays. De bataille en bataille, il a voulu suspendre encore et encore le temps de l’indécision inscrite dans l’histoire d’Israël, un pays qui n’a jamais fixé ni constitution, ni frontières, ni définition territoriale. Le scrutin du 27 octobre se présente donc comme un référendum sur le maintien du Premier ministre sortant. Netanyahou peut encore bénéficier in extremis du consensus majoritaire existant dans l’opinion israélienne pour chasser la question palestinienne par la porte. Demain, cette lancinante réalité palestinienne pourrait bien revenir par la fenêtre.



