Trump : comment terminer une guerre
Donald Trump s’est engagé dans le conflit sans définir ses objectifs. Devant l’extension de la guerre à toute la région et la fermeture du détroit d’Ormuz, qui bouscule le marché de l’énergie, il cherche maintenant une porte de sortie. Le temps joue contre lui…
En trois semaines, la guerre israélo-américaine contre l’Iran a changé de nature. On est loin d’une simple campagne aérienne visant à anéantir les capacités militaires de Téhéran. Les installations gazières de l’Iran, ravagées par les bombardements israéliens, le site nucléaire de Natanz à nouveau bombardé, le blocage du détroit d’Ormuz, confirment que l’affrontement s’inscrit dans une spirale mondiale.
Certes, la supériorité des armes appartient sans conteste à la coalition israélo-américaine. En réalité, l’Iran conduit une guérilla à l’échelle globale en frappant tous les maillons faibles de la puissance américaine. Dans cet affrontement asymétrique du « faible » au « fort », Téhéran a surpris par sa rapidité et son audace.
Le régime de Téhéran se prépare depuis toujours à ce bras de fer avec le « grand Satan ». La théocratie iranienne s’est consolidée tout au long des huit années d’une guerre sans merci (1980-1988) contre son voisin irakien, alors soutenu par les États-Unis et la France. Une résilience soigneusement entretenue par les Gardiens de la révolution depuis quarante ans.
L’Iran mise sur une stratégie asymétrique
Dès les premières heures du conflit, Téhéran a réactivé ses alliés de « l’axe de la résistance », à commencer par le Hezbollah libanais, que l’on disait affaibli après les affrontements de l’automne 2024. Le gouvernement de Beyrouth a dû expulser des officiers iraniens venus aider la milice chiite à reconstituer son arsenal. À Bagdad, les milices chiites sont, elles aussi, entrées en action contre les bases américaines.
Ce premier élargissement du conflit s’est ensuite étendu à l’ensemble des monarchies du golfe Persique. En ciblant les régimes arabes de la région, Téhéran voulait faire la démonstration que les États-Unis n’étaient pas en mesure de les protéger en dépit des accords de défense existants de longue date. On sait que ces pays plaident pour une solution négociée de la crise iranienne.
N’ayant aucune possibilité de riposte face à la guerre aérienne et aux missiles, les Iraniens ont décidé de s’attaquer à l’angle mort de l’opération « Fureur épique » : ils concentrent désormais toutes leurs forces en mer, en bloquant le détroit d’Ormuz. Quelque 20 % du trafic mondial de pétrole transite en effet par ce bras de mer.
Une manœuvre délicate. Téhéran a déjà perdu plus d’une cinquantaine de navires de combat. L’opération repose désormais sur des vedettes rapides et quelques patrouilleurs. Avec des drones aériens ou sous-marins, les Iraniens peuvent interdire les cinquante kilomètres du passage d’Ormuz. Bien sûr, l’état-major garde le silence sur le minage de ce secteur. De quoi dissuader les Européens, qui s’interrogent encore sur l’idée de sécuriser la zone pour accompagner les tankers.
Une sortie de crise incertaine pour Washington
Ayant très peu de moyens conventionnels, le « faible » cherche à rendre le coût mondial de la crise insupportable pour l’agresseur. En face, les gesticulations brouillonnes du « fort » apparaissent au grand jour, l’administration Trump n’ayant pas anticipé le blocage du détroit d’Ormuz.
Dès les premiers jours, l’hubris habituel du président américain reprend le dessus. Il développe un discours flou sur les buts de guerre, passant du nucléaire aux missiles, puis au régime des mollahs. Trump donne l’impression de pouvoir stopper les hostilités à sa guise, alors qu’en réalité son adversaire iranien manœuvre déjà pour élargir la dynamique des combats. Chaque jour, il peut annoncer des succès, car la dégradation de la puissance iranienne est une réalité, mais il ne comprend pas que le pouvoir iranien soit toujours en place. Au passage, il banalise les assassinats ciblés des responsables iraniens.
Trump conduit une guerre très chère, construite sur la suprématie du tout aérien. On a évalué le coût de la seule première semaine à quelque 10 milliards de dollars. À l’origine de cette addition plutôt salée, l’utilisation sans compter des intercepteurs de drones ou de missiles, permettant de sécuriser les bases américaines et les alliés dans la région, risque d’affaiblir dangereusement les stocks. Le président américain ébranle aussi ses relations avec ses alliés, non seulement avec les pays du Golfe, avec lesquels il prétend faire des affaires, mais au-delà. Ainsi, pour compléter l’encerclement de l’Iran, on a déplacé des batteries sol-air depuis la Corée du Sud.
Dans cette confrontation avec l’Iran, le « fort » donne l’impression de ne pas savoir utiliser à bon escient sa toute-puissance. Trump lit-il encore les notes fournies par le Pentagone lorsqu’il affirme ne pas être au courant d’un bombardement israélien sur les champs gaziers iraniens de South Pars ? Tout le monde sait que Washington et Jérusalem ont monté une « war room » intégrée pour la conduite de cette guerre.
Trump se montre déjà pressé d’en finir. Les experts de la Maison-Blanche estiment qu’il ne lui reste que deux ou trois semaines avant de conclure. Son dilemme est simple. S’il suspend les opérations, on connaît déjà le résultat : il devra négocier un accord qui permettra de facto au régime de rester en place en lâchant du lest, au moins sur le programme nucléaire. Un scénario à la vénézuélienne.
Il faut surveiller ce qui se passe sur l’îlot de Kharg, par où transite 90 % des exportations de brut iranien. Kharg commande l’accès au détroit d’Ormuz, il a déjà été bombardé. Plusieurs navires américains en provenance d’Asie et de Californie font route vers le golfe Persique. À leur bord, des « marines » appartenant aux forces spéciales. Occuper l’île, éviter le minage du détroit, négocier avec Téhéran : pour Trump, la porte de sortie ressemblera peut-être à un bref assaut des commandos sur le sol iranien. Un accroc dans la stratégie du « tout aérien ».



