Trump : courage, fuyons !

par Sébastien Lévi |  publié le 25/08/2026

La fuite rocambolesque de Trump à bord d’un camion d’avitaillement chargé de plateaux-repas résume autant la retraite géopolitique d’un pays que l’affaissement moral d’un président enfermé dans ses propres mensonges.

Le président américain Donald Trump aux côtés du vice-président J.D. Vance et de la Première dame Melania Trump alors que la foule scande « Fight, fight, fight » (Battez-vous, battez-vous, battez-vous) lors du défilé inaugural à Washington, le 20 janvier 2025. (Photo Jim WATSON / AFP)

Difficile de rêver pire symbole. Boris Enet a parfaitement résumé le désastre géopolitique et stratégique de l’ère Trump, en partant de sa fuite piteuse à bord de ce véhicule d’avitaillement, laissant exposés au danger ses ministres et les journalistes voyageant dans l’avion présidentiel, sans rien connaître du risque qu’ils encouraient.

La fuite de Trump comme symbole

Cet épisode en dit long sur l’immoralité profonde de Trump, qui est aujourd’hui celle de sa présidence et déteint sur un pays entier. Il sanctionne l’échec de la calamiteuse campagne d’Iran, qui permet à ce pays, dont l’armée serait officiellement « détruite » et « décimée », d’effrayer un président au point de l’obliger à se cacher dans un camion de ravitaillement. Il souligne l’aspect pathétique d’un entourage dupé, abusé, qui cède aux desiderata d’un enfant-roi corrompu, heureux de se voir offrir un avion par le Qatar sans que les mesures de sécurité les plus élémentaires y soient mises en œuvre. Il est enfin et surtout le symbole d’une présidence qui privilégie le bien-être d’un homme à celui d’un pays.

Il est d’ailleurs symptomatique que cette affaire lamentable survienne alors que des milliers de soldats sont soumis à des conditions honteuses sur le porte-avions Abraham Lincoln. Trump assure évidemment qu’il n’y a aucun problème, fidèle à son infinie capacité à mentir et à tromper ses troupes MAGA. Ces dernières semblent adhérer à la rhétorique d’un ministre de la Défense menteur et incompétent, pour qui la capacité à faire des pompes et à gonfler son taux de testostérone compte plus que le sens du devoir et l’éthique militaire. Le décalage entre la rhétorique guerrière de Trump et son comportement personnel de fuyard, qui fait écho à son attitude pendant la guerre du Vietnam, comme entre son amour théorique de l’armée et son mépris assumé des soldats, apparaît ici dans une lumière crue et peu flatteuse pour le président américain.

Le « Fight, fight, fight » fragilisé

L’un des mythes fondateurs de la campagne victorieuse de Trump en 2024 a été le fameux « Fight, fight, fight » lancé après la tentative d’assassinat dont il a été victime à Butler en juillet de cette année-là. Ce cri de guerre était un élément essentiel de la posture macho et bravache de la campagne de Trump face aux « démocrates woke amis des transgenres ». Cette affaire du camion pourrait donc être pour lui un véritable caillou dans la chaussure. Homme de marketing, Trump sait qu’un accroc à sa « marque » est encore plus dommageable que ses échecs politiques ou sa corruption.

Trump ne supporte pas d’être tourné en ridicule, particulièrement lorsqu’il s’agit de sa virilité et de son courage. Il est donc prévisible qu’il ne cesse de parler de ce sujet pour montrer qu’il ne lui fait pas peur et qu’il n’a rien à se reprocher, suivant en cela les conseils de son mentor, l’avocat peu recommandable Roy Cohn, qui lui disait de ne jamais reconnaître une erreur et d’attaquer plutôt que de rester sur la défensive. Il avait procédé ainsi au sujet de son coup de fil à Zelensky en 2019, qu’il qualifiait de « perfect phone call » et qui lui avait valu son premier impeachment, ou encore dans l’affaire Epstein, au sujet de laquelle il ne cesse d’asséner des mensonges pour se disculper, sans aucun succès.

Cet épisode est en réalité un condensé du trumpisme : un échec stratégique qui fragilise le pays, une retraite piteuse, des mensonges répétés au grand jour, un entourage trahi, une crédibilité écornée et une posture bravache qui croit pouvoir tout résoudre, mais ne fait qu’aggraver encore le problème.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis