Trump enlisé, Vance en embuscade
Marquée par des revirements constants et un exercice du pouvoir de plus en plus solitaire à la Maison-Blanche, la guerre en Iran met en lumière l’affaiblissement des contre-pouvoirs et les tensions internes du trumpisme. La question de l’après-Trump émerge déjà.
Le ridicule ne tue pas outre-Atlantique. En menaçant de « détruire une civilisation » avant de se raviser et d’accepter un cessez-le-feu, Trump a non seulement montré une nouvelle fois sa brutalité et son imprévisibilité, mais aussi sa toute-puissance dans un système démocratique américain à bout de souffle. Cette séquence pourrait également marquer le premier événement de la présidentielle de 2028.
Dans ces colonnes, Trump avait été décrit comme un « enfant roi pourri gâté » sur lequel « repose l’équilibre du monde ». Il a montré son impatience et sa colère en menaçant l’Iran d’annihilation, à grand renfort d’insultes traduisant sa frustration, avant de soudainement mettre sur « pause » la guerre qu’il avait déclenchée, comme dans un jeu vidéo.
Celui qui a préféré se passer des « adultes dans la pièce », en l’occurrence de conseillers chevronnés, compétents et indépendants, est aujourd’hui entouré d’une cour incapable de lui dire non. Cette cour inclut une armée dirigée par un chef d’état-major qui, à l’inverse de son prédécesseur, semble avoir oublié que sa loyauté allait vers la Constitution et non vers le président.
Les tensions internes du trumpisme
À cet égard, l’article du New York Times dévoilant les coulisses des jours précédant l’entrée en guerre contre l’Iran est édifiant. Il montre l’obséquiosité et la fuite devant les responsabilités des membres de son entourage, incapables ou effrayés d’exprimer leurs réserves, notamment sur les arguments avancés par Netanyahou pour justifier cette guerre.
Trump est moins un pantin qu’un enfant roi craint par les adultes, livré à lui-même et décidant seul. C’est à cette aune qu’on peut comprendre la déclaration de Susie Wiles, la très puissante secrétaire générale de la Maison-Blanche, enjoignant les interlocuteurs de Trump de lui dire la vérité et de cesser de la présenter sous un jour flatteur, comme on le fait avec un enfant colérique dont on craint les réactions.
Aussi bien, la guerre en Iran a souligné la défaillance des institutions démocratiques américaines, incapables de freiner les lubies du locataire de la Maison-Blanche, avec un Congrès impuissant faute de Républicains courageux, et un cabinet composé de sycophantes immobiles face à un chef à qui ils doivent tout.
J.D. Vance en position pour l’après-Trump
L’article du Times, très bien informé et sourcé par des journalistes réputés, en dit long sur le sentiment d’échec que suscite cette guerre dans l’opinion américaine, et sur la volonté de certains de s’en démarquer, illustrant l’adage selon lequel « la victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline ». Parmi eux, J.D. Vance, représentant de l’aile isolationniste, apparaît d’ailleurs sous un jour relativement favorable, ayant seul le courage d’exprimer ses réserves tout en assurant Trump de sa loyauté.
Successeur potentiel, J.D. Vance mènera les discussions prévues entre l’Iran et les États-Unis samedi 11 avril au Pakistan. Il pourrait être tenté de rejeter cyniquement la responsabilité de cette guerre impopulaire sur ses collègues et sur Israël, dont la popularité est en chute libre aux États-Unis, y compris chez les Républicains (60 % des Républicains de moins de 49 ans ont une mauvaise opinion du pays, contre 35 % en 2022). Posture opportune en vue de l’élection présidentielle de 2028…



