Trump et les évangéliques : un pacte faustien

par Sébastien Lévi |  publié le 22/04/2026

Le recul concédé par Donald Trump après qu’il a diffusé un montage le représentant en Jésus-Christ a mis en lumière l’influence de la droite chrétienne sur le président américain et l’hypocrisie qui caractérise son positionnement depuis son entrée en politique.

Cette illustration photographique, créée le 13 avril 2026, montre une photo du président américain Donald Trump sur un écran et une image générée par intelligence artificielle qu'il a publiée sur sa plateforme Truth Social, le représentant en Jésus-Christ après avoir critiqué le pape Léon XIV. (Photo Mandel NGAN / AFP)

En 2024, 62 % des protestants et 55 % des catholiques américains ont voté pour Trump. Ce chiffre s’élève à 81 % chez les évangéliques blancs, qui constituent le groupe ethno religieux le plus nombreux aux États-Unis, avec près de 60 millions de personnes, et qui forment la base la plus fidèle de la droite républicaine, largement acquise au trumpisme depuis 2016.

Leader transactionnel et dénué de principes, Trump a trouvé en eux des alliés dociles et fidèles, scellant un véritable pacte faustien dès la campagne de 2016, jamais remis en cause depuis. Longtemps favorable au droit à l’avortement, il s’est ainsi affiché résolument hostile, promettant de nommer à la Cour suprême des juges en fonction de leur position sur ce sujet. Il a également mis en avant sa proximité avec la droite israélienne, très appréciée par la droite évangélique américaine, à rebours des positions majoritaires des Juifs américains.

Avortement et Israël au cœur du pacte

Si Paris valait bien une messe pour Henri IV, la fin du droit fédéral à l’avortement, obtenue en 2022 par une Cour suprême façonnée par Trump lors de son premier mandat, ou encore le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem en 2018, valaient bien, pour les chrétiens évangéliques, une alliance avec Trump. Ces derniers, attachés en théorie aux valeurs familiales, à la moralité et à l’enseignement du Christ, ont ainsi pu s’accommoder d’un dirigeant sans scrupule, menteur, grossier, adultérin et reconnu coupable d’agression sexuelle.

Ils ont également toléré la séparation de familles par l’ICE, la police de l’immigration, les mensonges répétés, la proximité avérée de Trump avec le prédateur sexuel Jeffrey Epstein, ou encore sa liaison avec une actrice pornographique alors que son épouse était enceinte. Pourtant, il semble que l’imagerie sacrilège de Trump en Jésus-Christ ait finalement mis à l’épreuve leur mansuétude et leur indulgence envers leur champion.

Un conflit de loyauté chez les catholiques

Il y a, dans cette attitude des fidèles comme des leaders politiques ou religieux évangéliques, une abdication morale sans précédent, voire une trahison du message des Évangiles. Si les catholiques ne manifestent pas la même loyauté absolue envers Trump, les catholiques blancs ont néanmoins voté pour lui à 62 % en 2024, pour des raisons largement similaires à celles des évangéliques.

Pour eux, l’attaque contre le pape, conjuguée à cette représentation du Christ, constitue une double blessure, révélant un véritable conflit de loyauté entre leur foi et leur identité politique. Le commentateur ultra-trumpiste Sean Hannity a d’ailleurs résumé la nature du culte MAGA en déclarant « ne plus être catholique » par fidélité à Trump.

Trump ne supporte pas la contradiction, fût-elle exprimée par le pape. L’assurance tranquille de ce dernier pourrait représenter un réel danger pour lui, sur un terrain qui ne lui est pas favorable. Son recul sur le montage le représentant en Jésus-Christ, extrêmement rare, traduit une prise de conscience dans un moment déjà délicat. Trump est enlisé dans une guerre impopulaire, en butte au retour de l’inflation et confronté à une baisse de popularité, à quelques mois d’élections intermédiaires qui s’annoncent difficiles, pour peu que le scrutin soit sincère. S’il peut encore compter sur la complaisance d’une partie de la droite chrétienne, il ne peut se permettre d’en voir une fraction, même minoritaire, se détourner de lui ou s’abstenir. « Le pape, combien de divisions ? » demandait Staline. Trump pourrait bien avoir une réponse à cette question plus tôt qu’il ne le pense…

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis