Trump et Mamdani parlent le même langage

par Sébastien Lévi |  publié le 26/07/2026

La récente annonce de Zohran Mamdani reconnaissant son incapacité à faire arrêter Benyamin Netanyahou lors d’un prochain déplacement à New York illustre une méthode politique éprouvée, directement inspirée de celle de son alter ego, Donald Trump.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, lors d'une cérémonie marquant le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis à l'hôtel de ville de New York, le 3 juillet 2026. (Photo Anna CONNORS / POOL / AFP)

Lors de la campagne présidentielle de 2016, Trump répétait qu’il construirait un « big, beautiful wall » (« un grand et magnifique mur ») que le Mexique paierait. Comme un chanteur laissant son public reprendre le refrain, il s’interrompait pour laisser son auditoire scander cette dernière promesse. Si peu de monde y croyait réellement, cette séquence était devenue un incontournable de ses meetings : elle permettait de mobiliser ses partisans autour d’un ennemi clairement identifié et d’une solution aussi simpliste qu’irréalisable.

Une stratégie politique fondée sur le symbole

Si Mamdani n’a pas fait de Netanyahou un thème aussi récurrent durant sa campagne, la dénonciation de la politique israélienne a constitué un marqueur de sa conquête du pouvoir, notamment avec son engagement de faire arrêter le Premier ministre israélien, malgré les nombreux avis juridiques contestant la compétence d’un maire sur une telle question. En dépit de ces avertissements, Mamdani a réitéré son intention le 20 juillet avant de reconnaître, dès le lendemain, qu’il n’en avait pas l’autorité. Fin d’une séquence soigneusement orchestrée.

La parenté entre Trump et Mamdani avait déjà été évoquée dans ces colonnes. On retrouve chez les deux hommes des méthodes comparables : désignation d’un ennemi, logique du bouc émissaire, simplification outrancière des problèmes, dangerosité indirecte de leurs discours et promesse de solutions dont la simplicité masque en réalité l’irréalisme. Figure du progressisme, Mamdani pratique le virtue signaling, cet affichage de vertu destiné à envoyer un signal à son électorat et à rappeler son appartenance au « camp du bien ». Trump procède de manière symétrique, multipliant les déclarations provocatrices pour démontrer qu’il demeure le candidat du rejet des élites et du doigt d’honneur adressé au système.

La polarisation comme moteur électoral

Trump comme Mamdani ont besoin d’ennemis pour convaincre leur base qu’ils restent their guy, malgré une guerre en Iran et une inflation qui démentent les promesses de campagne de Trump, ou malgré l’absence de réponses concrètes au coût de la vie, notamment sur le logement, dans le cas de Mamdani. Il s’agit de leur offrir du red meat, ces thèmes clivants qui rassurent, remobilisent et entretiennent la fidélité de leur électorat. Les immigrés pour Trump, Israël pour Mamdani : chacun dispose de son adversaire privilégié, avec cette singularité, pour Mamdani, que la politique étrangère ne relève même pas de ses compétences.

L’immigration clandestine aux États-Unis constitue un problème réel, et la naïveté de Joe Biden sur cette question lui a probablement coûté une partie de son crédit électoral. De la même manière, la politique du gouvernement israélien à Gaza comme en Cisjordanie appelle des critiques, y compris sévères. L’habileté de Trump et de Mamdani à instrumentaliser ces sujets ne les rend pas moins réels. Mais ni l’un ni l’autre ne semblent chercher à les résoudre. Ils préfèrent les exploiter à leur profit politique, quitte à alimenter le racisme anti-hispanique pour le premier ou un climat propice à l’antisémitisme pour le second.

Trump et Mamdani ne partagent pas seulement une photographie prise dans le Bureau ovale ; ils partagent aussi une même manière de faire de la politique, fondée sur la simplification, la polarisation et l’indifférence aux conséquences de leurs outrances. Dans un pays qui supporte de moins en moins la nuance et le compromis, chacun est devenu, pour la base de l’autre, l’épouvantail idéal. Il est d’ailleurs révélateur que Trump se soit immédiatement saisi des déclarations de Mamdani sur Netanyahou pour lui répondre avec virulence, offrant aux deux hommes, alliés objectifs de la politique du symbole et de la polarisation, l’occasion d’en tirer un bénéfice politique.

Toute ressemblance avec la France, et avec le pas de deux auquel se livrent le RN, Reconquête et La France insoumise autour de thèmes comme celui du « grand remplacement », n’a rien de fortuit.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis