Trump et Netanyahou, les perdants de Genève

par Sébastien Lévi |  publié le 16/06/2026

Après des semaines de tensions militaires et de déclarations martiales, un accord sur l’Iran doit être conclu à Genève. Mais ce qui devait consacrer la victoire de Trump et Netanyahou pourrait déboucher sur un Iran renforcé et des alliés occidentaux affaiblis.

Une fresque murale de propagande dans le centre de Téhéran, représentant des drones iraniens brisant l'étoile de David, le 15 juin 2026. (Photo Morteza Nikoubazl / NurPhoto via AFP)

L’accord qui devrait être signé à Genève cette semaine sanctionne la gestion erratique de la guerre par Trump et place Netanyahou dans une situation politique difficile, tout en accentuant l’isolement diplomatique d’Israël, pour le plus grand bénéfice d’un régime iranien brutal, toujours plus extrémiste et, hélas, consolidé.

Frustré par une guerre qu’il ne maîtrise plus vraiment, Trump a multiplié les signaux adressés aux Iraniens, affichant son impatience et les incitant à pousser leur avantage. L’accord en cours ne règle rien sur le fond, mais il dépasse probablement les attentes de Téhéran, avec des gains tangibles obtenus immédiatement en échange de discussions ultérieures qui lui permettront de jouer la montre.

La bataille de l’opinion américaine

De son côté, Trump, qui s’était présenté au peuple américain comme le « dealmaker » en chef, un homme fort qui ne se laisserait pas berner, va faire tout ce qui est en son pouvoir pour vendre cet accord à l’opinion. Face à la difficulté de l’exercice, il est probable qu’il mette en avant la baisse espérée du prix de l’essence tout en exagérant l’ampleur des concessions iraniennes.

Pour Israël, la situation est sans doute pire qu’avant la guerre, et même pire qu’avant le JCPOA, l’accord international conclu en 2015 pour encadrer le programme nucléaire iranien en échange d’une levée progressive des sanctions. Le pays perd ainsi une partie de sa liberté d’action contre le Hezbollah au Liban, tandis que l’Iran dispose désormais d’un levier stratégique avec le détroit d’Ormuz qu’il n’avait pas avant le conflit. Il est également probable que Trump maintienne une forte pression sur Netanyahou afin de l’empêcher de reprendre les frappes contre l’Iran ou le Hezbollah et de compromettre cet accord.

Le pari iranien de Netanyahou

Dans ces colonnes, j’écrivais en avril que Netanyahou « avait justifié son intervention devant le Congrès en 2015, dans le dos d’Obama, pour s’opposer à l’accord sur le nucléaire iranien, connu sous le nom de JCPOA, puis soutenu Trump et l’avait encouragé à s’en retirer en 2018, au prix d’une perte importante de soutien chez les démocrates. Cette focalisation sur l’Iran le place aujourd’hui dans une position politique délicate, alors que la guerre pourrait se terminer avec le régime iranien et son allié Hezbollah toujours en place, l’affaiblissant auprès de l’opinion publique israélienne à l’approche des élections. Il est même possible que l’issue du conflit conduise à la réouverture du détroit d’Ormuz — qui était ouvert avant la guerre — ainsi qu’à une nouvelle version du JCPOA, potentiellement moins favorable que l’original.

L’ironie serait alors que, si un tel accord se concrétise, Netanyahou aura aliéné le Parti démocrate (ainsi qu’une grande partie des Juifs américains) et dégradé l’image d’Israël aux États-Unis, où elle n’a jamais été aussi basse, pour un gain finalement très limité sur sa priorité principale : l’Iran. »

Ce scénario catastrophe pour Israël semble aujourd’hui se concrétiser, du moins à court terme. Le JCPOA était imparfait, mais il était globalement respecté par l’Iran, dont le leadership était alors tout aussi extrémiste sur le plan idéologique, mais plus prudent sur les plans stratégique et militaire. Il est fort possible que la situation nucléaire soit désormais moins favorable qu’elle ne l’était alors. Elle l’est déjà sur le plan des proxys, qui bénéficient désormais d’une forme d’immunité de facto, ainsi qu’en ce qui concerne le détroit d’Ormuz, devenu un nouvel atout stratégique pour l’Iran.

Israël face à un isolement accru

« Bibi le Magicien », « Netanyahou l’Américain », se retrouve aujourd’hui isolé à Washington, au-delà de l’aile traditionnellement pro-israélienne du Parti républicain, en perte de vitesse et incapable de s’opposer à Trump. Plus grave encore, Israël est devenu un punching-ball commode pour des candidats cherchant à émerger et à polariser l’électorat contre des élus sortants plus modérés, à droite comme à gauche de l’échiquier politique.

Netanyahou a tenté un pari ambitieux depuis 2015, et cet accord en constitue l’échec politique personnel. Il entraîne avec lui un pays plus isolé et plus impopulaire que jamais dans la région comme dans le monde, y compris aux États-Unis.

Chapeau l’artiste.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis