Trump, fossoyeur de la crédibilité américaine

par Sébastien Lévi |  publié le 30/04/2026

Jamais les États-Unis n’ont été autant déconsidérés par leurs adversaires. Non pas en raison d’un affaiblissement militaire, mais d’une perte de crédibilité politique directement imputable à la présidence Trump, qui laissera des stigmates indélébiles.

La chaîne Youtube d'Explosive Media, ouvertement favorable au régime iranien, diffuse des vidéos de propagande générées par IA où des personnages en Lego tournaient en dérision Donald Trump. Youtube et Instagram ont depuis supprimé les comptes d'Explosive Media.

Le chaos qui règne sans discontinuer à la Maison Blanche affaiblit considérablement la crédibilité des États-Unis et représente une opportunité que leurs adversaires savent exploiter habilement. Un article du Monde met en lumière l’efficacité des vidéos virales du régime iranien, mettant en scène des figurines LEGO pour ridiculiser les États-Unis et leur président. Alors même que ce régime sanguinaire a tué des dizaines de milliers de ses propres citoyens, ce sont aujourd’hui les États-Unis qui sont moqués, voire conspués de toute part.

Cette situation ne s’explique pas uniquement par un antiaméricanisme irréductible. Elle est aussi, et peut-être surtout, le résultat d’une démonétisation sans précédent de la parole américaine, ainsi que d’une perte de sympathie envers ce pays depuis le retour de Trump à la Maison Blanche — une faille que les Iraniens exploitent parfaitement. L’incurie de Trump, sa grossièreté et sa brutalité sont aujourd’hui les meilleurs alliés des ennemis de l’Amérique, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Russie ou de la Chine.

Polémiques et révélations à Washington

Lorsque le ministre de la Santé américain justifie le « calcul » absurde de Trump selon lequel une baisse du coût d’un médicament de 600 dollars à 10 dollars correspondrait à une baisse de 600 %, le monde entier constate avec effroi que cette puissance est gouvernée par un dirigeant ignorant, entouré de courtisans complaisants.

Alors que son pays est en guerre et que ses citoyens subissent une hausse des prix ainsi qu’un marché de l’emploi atone, le président américain s’attarde sur la couleur du bassin reliant le Washington Monument au Lincoln Memorial, sur sa salle de bal ou encore sur son arc de Triomphe, dont l’inauguration est prévue le 4 juillet 2026 pour le 250ᵉ anniversaire des États-Unis. La planète brûle et le président milliardaire détourne le regard, fasciné par ses propres projets. Le voilà même écarté de certaines réunions stratégiques pour la conduite d’une guerre mal pensée, en raison de son impulsivité susceptible de nuire à des décisions qui exigent sang-froid et discernement. Le fait que ces révélations — tout comme celles concernant la commande par le Pentagone de robots humanoïdes à une société dirigée par son fils Eric Trump — ne provoquent pas de scandale en dit long sur la dégradation des normes démocratiques à Washington.

Une puissance fragilisée et contestée

Ce mélange d’ignorance, d’égotisme, d’impulsivité et de corruption caractérise aujourd’hui le pouvoir américain. Cette accumulation de dysfonctionnements traduit une démocratie profondément fragilisée. Elle entame la crédibilité et la sympathie dont bénéficiaient les États-Unis, aujourd’hui en net recul dans le monde, y compris dans des pays historiquement pro-américains comme le Royaume-Uni ou le Danemark.

La critique de Trump ne relève pas nécessairement de l’antiaméricanisme, bien au contraire. Elle exprime souvent une forme de nostalgie de la puissance américaine et de son rôle dans le monde. Les partisans de Trump refusent de voir qu’il est aujourd’hui le fossoyeur de l’Amérique, de sa crédibilité et, par conséquent, de sa capacité à peser positivement sur les affaires internationales. C’est précisément le souvenir des GI’s d’Omaha Beach, de Neil Armstrong ou de Martin Luther King qui rend d’autant plus insupportable une présidence jugée chaotique.

La restauration de la puissance américaine ne dépendra pas d’une augmentation spectaculaire du budget de la défense — appelé à passer de 1 000 à 1 500 milliards de dollars d’ici 2027 — mais d’un retour à la compétence, à l’éthique et au respect des alliés comme des citoyens américains.. La défense de l’Amérique et de sa grandeur passe par une rupture avec Trump et le trumpisme, qui semblent aujourd’hui engager le pays dans une impasse. De toute évidence, elle exige davantage que des tweets rageurs ou des invectives.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis