Trump, le camelot de la Maison-Blanche
Un téléphone Trump vendu comme « made in USA », des millions encaissés, des clients floués et des promesses envolées : le dernier scandale trumpien ressemble autant à une opération commerciale douteuse qu’à une métaphore de sa présidence.
L’affaire illustre non seulement la confusion permanente entre affaires privées et pouvoir politique, mais démasque surtout une présidence davantage obsédée par les effets d’annonce que par le traitement sérieux des dossiers.
Dans le mélange des genres devenu consubstantiel à la présidence Trump, l’un des fils du président américain a lancé l’an dernier un téléphone Trump « Made in USA », vendu 499 dollars avec un acompte de 100 dollars demandé aux acheteurs. Quelques mois plus tard, l’opération aurait déjà rapporté des dizaines de millions de dollars, alors qu’aucun téléphone n’a réellement été livré dans les délais annoncés. Entre-temps, les références à une fabrication américaine ont discrètement disparu, tandis que de nombreux observateurs soupçonnent une production chinoise.
La crédulité de certains acheteurs confine parfois à celle des membres d’une secte. Beaucoup d’Américains avaient déjà été floués par les précédentes aventures commerciales de Trump, de la Trump University à la Trump Charity, fondées sur la même promesse de réussite personnelle vendue à un public fasciné par le personnage.
Une présidence marquée par l’effet d’annonce
Cette affaire illustre à la fois la corruption diffuse du système trumpien, le mépris affiché pour ses propres partisans, mais aussi un manque de professionnalisme chronique. Celui-ci explique en partie les multiples faillites qui ont jalonné la carrière de Trump, marquée par l’improvisation, le goût des annonces spectaculaires et une incapacité récurrente à assurer le suivi concret des projets engagés.
Trump aime les coups d’éclat, mais se lasse rapidement. Comme un enfant distrait ayant constamment besoin de nouveaux jouets, il préfère l’effet immédiat à la continuité de l’action. Cette superficialité se retrouve dans sa pratique politique. Le fameux mur avec le Mexique, symbole central de sa première campagne, n’a été construit qu’à la marge. Obsédé par Barack Obama, Trump a consacré une énergie considérable à détricoter l’Obamacare sans jamais parvenir à proposer une alternative cohérente, malgré des années de promesses.
Politique étrangère : des dossiers en jachère
Cette même logique prévaut en politique étrangère. Son « Board of Peace » pour Gaza n’a débouché sur rien, laissant un vide dont le Hamas profite aujourd’hui. Après être sorti du JCPOA en 2018 (accord visant à limiter le programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions économiques), Trump n’a jamais réellement travaillé sur le dossier nucléaire iranien, remplaçant un accord certes contesté par une absence totale de stratégie, permettant à Téhéran de reprendre l’enrichissement d’uranium sans véritable contrainte.
Aujourd’hui encore, ce conflit interminable semble surtout l’ennuyer parce qu’il exige précisément ce qu’il maîtrise le moins : du temps, de la constance et une approche méthodique. Trump préfère les succès simples, rapides et immédiatement « vendables » à l’opinion, comme il aime présenter son offensive contre le Venezuela.
Trump n’est pas un homme de dossiers, mais de mise en scène. Il conçoit sa présidence comme une succession d’épisodes de télé-réalité où l’apparence prime toujours sur le fond. Incapable de se concentrer durablement, il papillonne d’un sujet à l’autre au gré de ses impulsions et de ses obsessions médiatiques.
Le problème est que ce « Trump Show », contrairement au Truman Show, n’est pas une fiction. Il produit des conséquences bien réelles : conflits aggravés, désordre international croissant et affaiblissement de la crédibilité américaine. Dans un monde déjà instable, peu de dirigeants semblent aussi peu armés pour gérer les crises sérieuses — et aussi susceptibles de les aggraver.



