Trump, le cocu du rapprochement sino-indien
À trop rebattre les cartes, Trump pourrait bien avoir rapproché deux joueurs qui ne s’apprécient guère. Longtemps rivales, la Chine et l’Inde redécouvrent les vertus du bon voisinage. Non par amour, mais car en géopolitique aussi, nécessité fait loi.
Le week-end des 12 et 13 septembre, Narendra Modi a accueilli les dirigeants des BRICS, le groupe des pays émergents. Constitué à l’origine du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, il s’est récemment élargi à d’autres États désireux de faire entendre leur voix dans un monde de plus en plus « multipolaire » : l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et l’Éthiopie. La plupart de ces pays sont gouvernés par des régimes autoritaires, à la différence du G7, qui rassemble les pays les plus industrialisés autour des États-Unis.
Mao Zedong déclarait en 1957 : « Un se divise en deux, et c’est la dialectique ». Ultime illustration : la normalisation des relations sino-indiennes provoquée par la guerre illégale lancée par un président américain corrompu et ploutocrate.
Des BRICS à géographie variable
La déclaration finale de ce 18e sommet des BRICS n’a rien d’original : elle rappelle l’importance d’un ordre international fondé sur la souveraineté des États et dénonce nommément la guerre lancée sans provocation par les États-Unis contre l’Iran, l’un de ses États membres. Évidemment, aucune mention n’est faite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie…
Le sommet a été l’occasion pour le président Xi de se rendre en Inde, une première depuis 2019, alors que les deux pays avaient connu un conflit frontalier dans l’Himalaya en 2024. Il arrive en triomphateur : Donald Trump a montré que la parole et le soutien des États-Unis n’avaient plus guère de poids, poussant New Delhi à chercher des partenaires plus fiables.
Quand Washington se retire, Pékin avance
L’Inde souffre de la guerre en Iran, qui met en péril ses importations d’énergie, tandis que l’essor de l’IA lui fait perdre des centaines de milliers d’emplois. Le « back-office » du monde est sous pression, alors même qu’un taux de croissance de 7,7 % ne suffit pas à fournir des emplois aux millions de jeunes diplômés qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Seuls les capitaux chinois affluent : l’Inde a récemment assoupli certaines restrictions sur les investissements provenant des pays frontaliers, notamment dans les composants électroniques, les matériaux stratégiques et les technologies industrielles.
Pour les Européens, l’enjeu est moins de se demander, comme l’a maladroitement fait Frédéric Martel dans son best-seller Occidents – Enquête sur nos ennemis, si les BRICS constituent une « alliance anti-occidentale », que de constater que la position qu’ils occupent dans les chaînes de valeur mondiales les pousse au pragmatisme.
L’Inde et la Chine : je t’aime, moi non plus
Les Indiens supportent difficilement la suffisance des Chinois, tandis que les Saoudiens demeurent des alliés stratégiques de Washington et que le Brésil de Lula dépend fortement des capitaux et des marchés occidentaux. Chacun cherche avant tout à assurer le développement économique et technologique de son pays, sans qu’aucune idéologie « anti-occidentale » n’en constitue le terreau.
Le partenariat de libre-échange entre l’UE et l’Inde du 27 janvier dernier ne suffira pas à découpler l’économie indienne de son puissant voisin chinois : ses composants, ses brevets et sa position dans la chaîne de valeur mondiale dépendent largement de la République populaire. En se rapprochant de l’Inde, l’UE ne sortira donc pas de sa dépendance à l’industrie chinoise, mais en changera simplement les contours.



