Trump – Léon XIV : deux visages de l’Amérique

par Marcelle Padovani |  publié le 01/05/2026

Américain lui aussi, le nouveau pape Léon XIV s’impose déjà comme une voix dissonante face à Donald Trump. Une confrontation inédite, qui oppose une autorité spirituelle et une puissance politique aux visions radicalement divergentes.

Le pape Léon XIV a déclaré le 13 avril 2026 qu'il avait « le devoir moral » de s'élever contre la guerre et qu'il ne « craignait » pas le président américain Donald Trump, après que ce dernier eut critiqué ses appels à la fin du conflit au Moyen-Orient. (Photo Ozan KOSE & ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)

Depuis son arrivée sur le trône de Saint-Pierre le 8 mai 2025, le pape Léon XIV tient des propos critiques à l’égard du président américain. Ce dernier le lui rend bien, particulièrement âpre dans ses réactions à l’égard du nouveau pape. Donald Trump avait immédiatement qualifié le pontife de « faible », « particulièrement nul en politique étrangère », rappelant volontiers : « Si je n’avais pas été à la Maison-Blanche, il ne serait pas pape aujourd’hui. » Le ton est encore monté d’un cran sur le thème de la peine de mort, qu’il souhaitait durcir en réintroduisant au niveau fédéral « la chaise électrique et le peloton d’exécution ». Le président américain a enfin évoqué la possible mobilisation des services secrets américains afin de « mieux contrôler le Vatican » depuis les États-Unis.

Désaccords sur la guerre et la peine capitale

De son côté, le pontife avait jugé « inacceptable » le projet de détruire l’Iran, affirmant que quiconque fait la guerre « devra en répondre devant Dieu », qu’il était « immoral » d’affirmer que l’on « a le droit d’exterminer un peuple », tout comme de « bénir les mains des soldats couvertes de sang ».  Le pape a enfin estimé qu’il était possible de « satisfaire les exigences de la répression sans recourir à la peine de mort », ajoutant : « Mon message est celui de l’Évangile, bienheureux sont les artisans de paix ».

Ces échanges sulfureux ont résonné dans les églises du monde entier, avec un constat partagé : Léon XIV serait aujourd’hui le seul chef d’État capable de déstabiliser sérieusement le leader américain. Un archevêque italien très au fait des relations internationales, Monseigneur Vincenzo Paglia, tire ainsi la leçon de cette « fracture profonde en cours entre deux visions du monde », avec des « répercussions déjà palpables sur les équilibres politiques et culturels mondiaux ».

Une fracture aux répercussions politiques

À Rome, depuis son bureau installé dans un immeuble surnommé « Vatican II », Mgr Paglia estime que Léon XIV incarne désormais le « dernier rempart occidental efficace contre Trump ». Selon lui, trois éléments s’imposent : les attaques de Trump n’ont pas ébranlé le pontife ; celui-ci ne se transformera jamais en rival politique ; enfin, « il est clair que Dieu n’aime pas la guerre ». Toujours selon le prélat, Trump est parvenu à « pacifier et réunir, sans le vouloir, un monde catholique américain jusque-là divisé entre conservateurs et progressistes ». Désormais unis derrière la papauté, les catholiques ne voteraient plus massivement pour les Républicains. Ultime évolution : même les catholiques italiens seraient en train de se rassembler autour de Léon XIV. Un nouveau coup pour Giorgia Meloni ?

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome