Trump, meilleur ennemi de ses alliés

par Régis Poulain |  publié le 09/03/2026

L’escalade militaire au Moyen-Orient pourrait produire des effets inattendus. En voulant affaiblir l’Iran, Trump risque de fragiliser certains de ses partenaires clés. Car la guerre économique et énergétique qui se profile menace les alliés des États-Unis.

Une page du site web Marinetraffic illustrant le trafic maritime commercial à la limite du détroit d'Ormuz, près des côtes iraniennes. Seuls 4 navires ont traversé le détroit d'Ormuz le 3 mars. (Photo JULIEN DE ROSA / AFP)

L’attaque non conforme au droit international initiée par Israël et les États-Unis contre la République islamique d’Iran pourrait faire plus de mal aux alliés de Washington qu’à ses ennemis. La fermeture du détroit d’Ormuz, conséquence prévisible de la flambée de violence dans le golfe Persique, ouvre la voie à un choc d’offre négatif dont les conséquences pour l’économie mondiale pourraient être catastrophiques.

En déstabilisant une nouvelle fois l’ordre économique, Donald Trump pourrait ainsi se mettre un peu plus à dos les alliés traditionnels de l’Amérique. Si l’Europe risque un déficit commercial en cas de maintien durable du baril de pétrole autour de 100 dollars, c’est à l’Est que les conséquences semblent, pour l’heure, les plus graves.

Les alliés asiatiques particulièrement exposés

En Asie, la dépendance au pétrole et au gaz transitant par le détroit d’Ormuz varie selon les pays. Les alliés de Washington se retrouvent cependant particulièrement exposés. Le Japon importe 91 % de son or noir par cette route maritime stratégique, les Philippines 94 %. La Corée du Sud importe, quant à elle, 70 % de son pétrole par ce détroit. Les conséquences économiques se font déjà sentir : les coûts d’affrètement des superpétroliers ont doublé en une semaine, dépassant les 400 000 dollars par jour ; la Bourse coréenne a chuté de 6 %, et l’inflation nipponne pourrait repartir de plus belle avec un baril à 100 dollars. Tokyo et Séoul appellent les belligérants à respecter la « liberté de circulation » sur les mers, car ils ne disposent d’aucune alternative à cette route d’approvisionnement.

Quant à la Chine, si l’Iran est bien son deuxième fournisseur de pétrole (15 % de sa consommation totale), sa dépendance reste moindre. Le pétrole ne représente « que » 59 % du total des énergies consommées dans l’Empire du Milieu, notamment grâce au développement des infrastructures d’énergies renouvelables, mais aussi à la place importante du charbon dans son mix énergétique (60 %). L’Iran représentant 17 % de ces 59 % de pétrole consommé, et sachant que les importations d’énergie constituent 15,4 % de la consommation totale chinoise, cela signifie que l’Iran ne fournit qu’environ 1,5 % de la consommation totale d’énergie du pays. Une dépendance toute relative, même si les raffineurs privés du Shandong achètent le pétrole iranien à des prix très avantageux, entre 10 et 15 dollars sous le baril de Brent.

Les tensions diplomatiques avec certains partenaires

Au-delà des considérations économiques, les humiliations américaines pourraient finir par irriter certains alliés. New Delhi a vécu comme un affront la destruction d’un navire de guerre iranien non armé à la limite de ses eaux territoriales. Invité à participer à des exercices conjoints, le bâtiment a été frappé par des torpilles lancées par un sous-marin de l’US Navy, tuant 87 des 119 membres d’équipage.

Le journal Hindustan Times se dit sous le choc et rappelle que cette attaque constitue un coup de canif à l’article 51 de la Charte des Nations unies, ce navire ne représentant aucune menace pour les Américains. Alors que Narendra Modi tente par tous les moyens de faire accepter à sa population son « amitié » avec le locataire de la Maison-Blanche, les événements de l’année écoulée semblent révéler le peu de considération de ce dernier pour son allié indien.
Droits de douane, restrictions sur les visas, et désormais humiliation dans son propre voisinage : avec des alliés comme celui-ci, l’Inde a-t-elle vraiment besoin d’ennemis ?
À ce rythme, Donald Trump pourrait bien devenir le meilleur allié stratégique des adversaires de l’Amérique.

Régis Poulain