Trump-Meloni : scène de ménage diplomatique

par Sébastien Lévi |  publié le 26/06/2026

Un cap a été franchi : en répondant publiquement à Donald Trump, Giorgia Meloni rompt avec la prudence habituelle des alliés de Washington. Un épisode révélateur de la démonétisation accélérée de la parole du président américain.

Donald Trump s'entretient avec Giorgia Meloni lors du sommet du G7 à Évian, le 17 juin 2026. Mme Meloni s'est dite « stupéfaite » par les propos tenus par M. Trump à la chaîne italienne La7 ; il a affirmé qu'elle « voulait absolument une photo avec [lui] » et qu'il n'avait accepté que parce qu'il « avait de la peine pour elle ». (Photo Handout / Palazzo Chigi press office / AFP)

Donald Trump voit rouge dès que ses « alliés » prennent leurs distances ; Giorgia Meloni est la dernière à en avoir fait l’expérience. Après la rencontre du G7 à Évian, le président américain a déclaré publiquement sur la chaîne transalpine La7 TV que la Première ministre italienne l’avait « supplié » de prendre une photo avec lui. Un enfantillage qui traduit sa volonté tenace de rabaisser Giorgia Meloni après que celle-ci a pris ses distances avec lui ces derniers mois, notamment sur la guerre en Iran et à la suite de ses propos outranciers sur le pape. Habitué à ce type de mensonges destinés à humilier ses interlocuteurs — comme Emmanuel Macron, qui l’aurait lui aussi « supplié » de ne pas dévoiler un deal imaginaire sur le prix des médicaments en France —, Trump ne s’attendait sans doute pas à ce que cet épisode, anodin à ses yeux, déclenche une véritable crise diplomatique avec l’Italie.

Dans sa réponse, Meloni a pointé la propension de Trump à s’en prendre à ses alliés plutôt qu’aux adversaires stratégiques des États-Unis, comme la Chine ou la Russie. D’ordinaire, les alliés de Washington encaissent ses vexations ou ses mensonges sans réagir, avant de passer à autre chose. Il est significatif que Meloni ait choisi de ne pas les imiter cette fois-ci. Si elle l’a fait, ce n’est ni par susceptibilité ni par agacement, mais parce qu’elle sait qu’elle peut se le permettre et qu’une telle réaction peut même lui être politiquement profitable.

Une parole américaine en perte de crédibilité

La crise avec l’Iran a accentué la perte de crédibilité des États-Unis sous Trump, dont les rodomontades ont fini par tourner au ridicule, tant ses menaces étaient spectaculaires que rarement mises à exécution. La perspective d’affronter Trump est d’ailleurs moins intimidante aujourd’hui depuis que la Cour suprême a considérablement limité ses pouvoirs en matière de droits de douane.

Trump est non seulement un tigre de papier, il est aussi devenu profondément impopulaire dans le monde, au point d’en être politiquement toxique. Les chiffres du Pew Research Center révèlent une chute spectaculaire de l’image des États-Unis par rapport à 2022 et constituent une sévère mise en accusation de Trump. Même en Israël, il est désormais très impopulaire. Cette enquête, réalisée avant le deal avec l’Iran ainsi que les propos peu amènes de Trump et de J. D. Vance sur Israël, ne le reflète d’ailleurs pas encore. Pour Meloni, comme pour d’autres dirigeants, un affrontement public avec Trump est donc devenu moins risqué et peut même s’avérer politiquement payant. Cela n’enlève rien à la légitimité de sa réponse face à un mensonge.

Le risque d’une fuite en avant

Lors de ce même G7, Trump a posé devant ses interlocuteurs en lançant, avec un sourire satisfait : « I’m the boss. » Persuadé, comme souvent, que sa parole est performative, alors qu’elle met surtout en lumière l’écart entre ses déclarations et la réalité. Trump ne semble pas comprendre que ce « boss », qui n’a jamais véritablement inspiré le respect, ne fait désormais même plus peur, tant plus personne ne croit à ses menaces.

Cette démonétisation de sa parole, qui entraîne avec elle celle des États-Unis, le rend paradoxalement encore plus dangereux. Elle pourrait le pousser à compenser cette perte de crédibilité par un acte de folie ou de violence gratuite, dans l’espoir de restaurer le respect qu’il a lui-même contribué à faire disparaître.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis