Trump, sors de ce corps !
En affirmant que son sort dépendait du peuple français et non de la justice, Marine Le Pen s’est directement inspirée d’un modèle dont elle voulait se démarquer : Donald Trump. Chassez le naturel …
À voir le sourire de Marine Le Pen dans les studios de TF1, il était presque possible d’imaginer qu’elle avait été blanchie par la justice, et donc parfaitement légitime à se présenter à l’élection présidentielle. La réalité juridique est tout autre, mais ce décalage illustre un premier point commun avec le trumpisme : l’aplomb et la volonté de façonner sa propre réalité.
Trump a réussi à faire passer ses faillites pour des manœuvres intelligentes, et la moindre indulgence de la justice comme une victoire éclatante. Marine Le Pen a appliqué la même méthode, présentant une peine réduite comme le fait d’être innocentée, alors que la cour d’appel a confirmé sa culpabilité. L’aplomb de Marine Le Pen réside aussi dans sa capacité à se contredire et à le faire sans honte, comme le fait Trump sur tous les sujets. Cette absence de doute, de scrupules et de honte est une abomination morale, mais aussi un atout politique indéniable aujourd’hui.
Un autre point commun concerne la personnalisation extrême. Trump est incapable de désigner un dauphin ou d’envisager sa succession, comme l’atteste son insistance à parler d’un troisième mandat alors que la Constitution américaine l’en empêche. Malgré ses dénégations, l’idée de passer le flambeau à Jordan Bardella a sans doute été insupportable à Marine Le Pen, au-delà des différences programmatiques. Et comme Trump, cette personnalisation recoupe une autre dimension fondamentale : le clanisme et même la vision « familiale » de la politique. Le Rassemblement national est l’héritier du Front national, et demeure avant tout une affaire de famille qui ne saurait être partagée. Si le Parti républicain est un parti bien plus historique que le RN, Trump en a fait sa « chose » sur le plan du programme, de la loyauté imposée aux élus du parti, mais aussi au niveau des instances, avec la nomination de sa belle-fille Lara Trump à sa tête.
La justice au cœur de la confrontation
Le principal point commun réside dans la remise en cause des institutions démocratiques et des contre-pouvoirs. Celle-ci n’est plus à démontrer pour Trump, et la nouvelle respectabilité de Marine Le Pen ne l’empêche pas de creuser son sillon populiste sur ce sujet. Pour Le Pen et Trump, les poursuites judiciaires sont le signe d’une persécution de la justice contre leur personne et marquent la volonté du « système » de les écarter du jeu politique. Pour cette raison, ils n’hésitent pas à instrumentaliser ces poursuites comme le signe de leur indépendance et de leur volonté de faire rendre gorge au « système » honni. Au-delà de la justice, leur cible principale, on retrouve cette défiance envers les experts, les journalistes ou les autorités indépendantes.
Marine Le Pen et le RN ont tenu à marquer leurs distances avec Trump devant son impopularité, après l’avoir vu, lors de sa première élection, comme une bouffée d’air frais et l’arrivée d’un « patriote ». Mais l’ADN de ce parti reste celui d’un parti illibéral, démagogue et populiste, qui méprise les contre-pouvoirs et, en particulier, la justice, comme Trump et ce qu’est devenu le Parti républicain américain.



