Vannacci, l’ex-para qui tombe mal pour Meloni
Avec 8 % des intentions de vote, Roberto Vannacci n’est plus un simple agitateur d’extrême droite. À l’approche des législatives de 2027, l’ancien général pourrait détenir les clés de la majorité, et placer Giorgia Meloni face à un choix très inconfortable.
Littéralement enchanté du triomphe de l’AfD allemande, le général Vannacci ! Au point de proclamer dès le 7 septembre : « À Reggio de Calabre, où l’on vote dans trois semaines, nous aussi, nous l’emporterons. » Nouvelle figure italienne de cette extrême droite néofascisante, Roberto Vannacci, 57 ans, fondateur du parti d’extrême droite Futuro Nazionale (Futur national), est d’ores et déjà crédité de 8 % des suffrages au niveau national. Un pourcentage qui pourrait le rendre décisif pour la coalition gouvernementale de droite qui sortira des législatives de 2027 et qui se situe aujourd’hui autour de 45 %.
L’extrême droite sans détour
L’ex-para a saisi l’occasion pour rappeler les trois points de son programme : un non définitif à l’Union européenne — « Macron, Merz et Sanchez, c’est sûr, ne mangeront pas de panettone en 2027 » — ; un oui enthousiaste à la Russie, accompagné d’un rejet glacial de l’Ukraine — « Je ne veux pas que des soldats italiens meurent pour Kiev » — ; enfin, la « déportation » de tous les migrants irréguliers. Sans oublier quelques propos antiféministes et antigay. Ce soldat, ex-para devenu attaché militaire à l’ambassade d’Italie à Moscou en 2021-2022, où il découvrira en compagnie de sa femme les vertus de la vodka, s’entourera à son retour en Italie de nombreux notables russes, tout en niant entretenir le moindre lien clandestin avec Moscou.
Capable de citer Marx comme Jésus et d’adopter le plus pur chic napolitain pour les dîners de gala sur le lac de Côme, il a cependant essuyé un sérieux revers lors de son unique grand débat télévisé avec Mario Monti, ancien président du Conseil, qui lui a lancé : « Je combattrai jusqu’au bout votre rhétorique fasciste » et « vos propos violent la Constitution ».
L’alliance à double tranchant
On ignore pour l’heure l’effet de ces féroces critiques, tout autant que l’ampleur de ses futurs résultats électoraux. Car on s’interroge beaucoup dans la Péninsule sur ce tout nouveau leader. Avec qui s’alliera-t-il ? Quel parti lui offrira une montagne d’élus et une cargaison de ministères ? Le premier à s’enflammer a été l’inévitable Matteo Salvini, qui l’avait chaleureusement accueilli dans sa Ligue et aimerait le récupérer après la maudite scission d’il y a trois ans. L’autre pilier du gouvernement Meloni, la berlusconienne Forza Italia, ne veut, elle, pas en entendre parler. Reste donc Giorgia Meloni, singulièrement fragilisée par l’aventure Vannacci.
Elle gouverne le pays depuis quatre ans, mais se trouve aujourd’hui à des kilomètres de la majorité absolue. Sa situation est donc paradoxale : si elle ne s’allie pas à Vannacci, elle n’aura pas, en 2027, une majorité suffisante pour gouverner ; si elle s’allie à lui, elle perdra la face en ressuscitant une poignée de fantômes mussoliniens.
Résultat : la vague noire porte Vannacci, mais menace d’emporter Meloni et sa prudente stratégie de gouvernement.



