Vive le Canada libre !
En ripostant sans faiblesse aux ultimatums de Donald Trump, le premier ministre Mark Carney a montré la voie. Il mérite un soutien sans mélange de la France et de l’Union européenne.
En voilà au moins un qui ne se dégonfle pas… Soumis à une absurde guerre commerciale par Donald Ubu-Trump, le premier ministre canadien Mark Carney a décidé de répliquer avec énergie. Ripostant à l’application de droits de douane prohibitifs par la Maison-Blanche, le gouvernement canadien a annoncé qu’il imposerait à toute une série de produits américains des droits équivalents, qui s’étalent entre 15 et 50 %. Clair et net.
Mark Carney résiste à Donald Trump
En résistant sans férir à la pression américaine, Mark Carney exprime la volonté quasi unanime de son peuple, l’un des plus paisibles de la planète, révulsé à juste titre par les rodomontades trumpiennes, notamment par son projet extravagant d’annexion du Canada aux États-Unis, projet délirant, irresponsable et méprisant.
En mettant en cause in extremis, dans les dernières journées de la négociation, les protections dont bénéficie la langue française dans la législation canadienne, Trump a achevé de souder l’unité du pays. En rompant aussitôt la discussion, Mark Carney – qui parle mal le français – a rallié à lui la province du Québec, déterminée à conserver son originalité sur une moitié de continent américain outrageusement dominée par la culture anglo-saxonne. Vive le Québec libre ! avait lancé le général de Gaulle en visite à Montréal. Il faut désormais changer de proclamation et crier avec Carney : vive le Canada libre !
Le Canada, allié historique de l’Europe
Ce sursaut de fierté canadienne, qui contraste avec les atermoiements initiaux d’Ursula von der Leyen face à l’arrogance trumpienne, mérite la plus grande considération. Pour une raison historique d’abord : le Canada fut en 1939 l’un des premiers pays à se joindre aux démocraties européennes opposées à Adolf Hitler. Après la défection de la France de Vichy, Ottawa appuya de toutes ses forces le Royaume-Uni qui résistait seul à la déferlante nazie. Plus d’un million de Canadiens se battirent aux côtés des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale et 45 000 y perdirent la vie, notamment sur la plage canadienne de Juno Beach le 6 juin 1944. Depuis, le Canada a toujours été un soutien fidèle des valeurs de liberté.
L’alliance des « puissances moyennes »
Pour des raisons géopolitiques ensuite. Dans un discours retentissant prononcé au Forum de Davos, le premier ministre canadien avait déclaré que l’ordre mondial fondé sur des règles de l’après-guerre froide avait subi « une rupture, et non une transition ». Il a appelé les puissances moyennes à s’unir contre la coercition économique des grandes puissances qui « ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme, les droits de douane comme moyen de pression, l’infrastructure financière comme outil de coercition et les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter ». Pour ajouter ensuite : « les puissances moyennes doivent agir ensemble car si nous ne sommes pas à la table des négociations, nous serons au menu ».
C’est le moment de répondre à cet appel : la trahison stratégique de Donald Trump, qui fait le jeu des ennemis de l’Europe, vise directement les démocraties, soumises à une offensive convergente des dictatures, la Russie et la Chine au premier chef, et des régimes illibéraux emmenés par les États-Unis de Donald Trump. Dans cette bataille, le Canada prend une place éminente. Quel meilleur moment pour sceller, dans l’adversité, cette alliance des « puissances moyennes », le plus souvent démocratiques, qu’il a appelée de ses vœux ?



