Washington : Rosa Parks prend le métro
En marge des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis, l’image saisissante d’une femme noire entourée de nervis d’extrême droite dans le métro de Washington symbolise le moment décisif que traverse le pays.
En 1955, Rosa Parks, une femme afro-américaine, refusait de céder sa place à des passagers blancs dans un bus de Montgomery, en Alabama, comme le lui imposait la législation raciste et ségrégationniste en vigueur dans cet État du Sud. La révolte silencieuse mais ferme de cette femme de 42 ans allait devenir le détonateur du mouvement des droits civiques mené par Martin Luther King Jr. et conduire aux lois sur les droits civiques dans les années 1960. La photographie de Rosa Parks, assise tranquillement dans ce bus jaune devenu iconique, allait devenir un symbole majeur de cette lutte pour l’égalité civique aux États-Unis.
Soixante et onze ans plus tard, une autre photographie pourrait bien devenir un nouveau symbole, celui d’une régression civique et démocratique dans l’Amérique de Donald Trump. Le 4 juillet 2026, tandis que le pays s’apprêtait à célébrer ses 250 ans dans une commémoration que Trump aura politisée et donc dévitalisée, une manifestation de militants d’extrême droite a été organisée à Washington. Pour s’y rendre, ces militants masqués, bombant le torse, ont pris le métro et ont été photographiés entourant une femme noire assise, stoïque comme Rosa Parks, mais sans doute tout aussi effrayée que sa devancière, même si aucune menace ne semble avoir été proférée à son encontre.
Une bataille autour des droits civiques
Cette manifestation n’est pas le fait de militants égarés, et les autorités ne les ont d’ailleurs pas dénoncés. Ces nervis sont, à bien des égards, la version plus policée des émeutiers du 6 janvier 2021, qui ont tous été graciés par Trump à son retour à la Maison-Blanche. Ce sont les mêmes que les manifestants de Charlottesville, qui défilaient en 2017 en criant : « Les Juifs ne nous remplaceront pas » et que Trump n’avait pas condamnés. Ces hommes masqués sont une expression hideuse de l’Amérique de Trump, qu’il encourage et admire, comme lors de son débat avec Joe Biden en 2020, dans lequel il enjoignait les Proud Boys, autre organisation de nervis d’extrême droite, de se « tenir prêts » dans la perspective de l’élection présidentielle.
Trump ne fait pas que légitimer les héritiers du Ku Klux Klan, qui s’était opposé avec force et violence aux droits civiques. Il détricote, avec le soutien du Parti républicain et, parfois, de la Cour suprême, les droits civiques obtenus de haute lutte dans les années 1960, notamment en matière d’accès au vote, de représentation électorale des minorités ou de discrimination positive. Comme tout dirigeant autocratique, Trump s’attaque au présent mais aussi au passé. Les célébrations du 250e anniversaire ont ainsi été l’occasion de mettre en place un véritable révisionnisme historique visant à expurger des musées ou des manuels scolaires les pages sombres de l’histoire du pays, comme le racisme ou l’esclavage.
Trump aimerait sans doute effacer l’image même de Rosa Parks et son souvenir comme icône des droits civiques, qu’il ne valorise d’ailleurs jamais. La photo de Washington de 2026 n’est donc pas un instantané d’une confrontation entre des racistes et une femme noire ; elle dit la bataille en cours aux États-Unis sur la démocratie, les droits civiques et, en fait, l’idée même de ce que doit et peut être ce pays, 250 ans après sa déclaration d’indépendance.



