Wauquiez soutient Philippe : le double calcul
En proposant que la droite se rallie derrière le maire du Havre, le patron des députés LR règle ses comptes et dit tout haut ce que chacun pense tout bas.
Laurent Wauquiez est un personnage qui fait rarement les choses à moitié. Ça passe ou ça casse. En apportant son soutien à Édouard Philippe dans la campagne présidentielle, et surtout en suggérant fortement au chef de son parti, Bruno Retailleau, de se retirer après l’été faute de sondages suffisants, il se livre à une opération à double détente. Confortant sa réputation de bretteur manœuvrier, il fait d’une pierre deux coups : il prend sa revanche sur l’ancien ministre de l’Intérieur et il indique clairement qu’à ses yeux, le maire du Havre est le seul qui peut gagner en 2027.
Wauquiez accélère la recomposition de la droite
Dans cette pré-campagne qui n’en finit pas de s’étirer en longueur, Wauquiez, homme pressé, souhaite clarifier la donne au plus vite. Les rapports de force semblent bizarrement figés. La gauche est partagée entre Jean-Luc Mélenchon et le futur candidat social-démocrate, à l’avantage du premier pour l’instant. Et, face à un RN largement dominant, la droite est partagée entre trois champions dont les scores paraissent également stables, au bénéfice d’Édouard Philippe. Mais pour que ce dernier puisse accéder au second tour, il faut impérativement que les deux autres se désistent vite. Voilà qui est dit.
Tout sourire, Laurent Wauquiez affirme œuvrer pour le bien public. Il plaide depuis des mois pour que son camp se rassemble autour d’un seul candidat. Il voulait une primaire, rejetée par tous. Alors, restent les sondages. Ils donnent tous le même gagnant : Édouard Philippe. Certes, la marge n’est pas énorme, mais elle ne semble pas bouger : les scores tournent autour de 19 % pour le patron d’Horizons, alors que Gabriel Attal et Bruno Retailleau plafonnent respectivement à 14 % et 9 %.
Une pression directe sur Bruno Retailleau
Plus important encore pour se décider : le maire du Havre est le seul qui soit en mesure de battre le RN au second tour. On n’imagine pas les troupes LR voter pour Attal, pas plus que les fantassins néo-macronistes aller vers Retailleau. Seul Philippe peut réunir toutes les familles. Laurent Wauquiez ne fait que dire tout haut ce que tout le monde dit tout bas : il faut jouer gagnant dès le premier tour. Il ne s’agit plus de se faire plaisir avec le fameux dicton : « Au premier tour, on choisit, au second, on élimine. » Il faut éliminer, avant même le premier tour, ceux qui ne sont pas en état de l’emporter au second. C’est ainsi que Bruno Retailleau est habillé pour l’hiver.
Délicieux moment pour Wauquiez. Comment ne savourerait-il pas de mettre dans l’embarras son meilleur ennemi, qui l’a écrasé lors de l’élection interne à la présidence de LR ? Puis qui s’est fait désigner candidat par un score quasi soviétique ? Aujourd’hui, le roi est nu. Wauquiez se fait le porte-parole des nombreux chapeaux à plume qui partagent son analyse : les Larcher, Pécresse, Copé et autres prudents qui n’en pensent pas moins. Il a été le premier à tirer. Il peut espérer en tirer profit le jour venu.
Édouard Philippe réunit ses partisans lors d’un grand meeting ce 5 juillet. Wauquiez ne s’y rendra pas, pas plus qu’il n’est allé à celui des autres candidats. Mais ce n’est même pas la peine pour lui de se déplacer. Il a cranté avant l’événement. Cela ne le rendra pas forcément sympathique aux yeux de ses petits camarades, qui l’accusent souvent de jouer trop en solo. Mais cette fois-ci, il pourra expliquer que, s’il a donné un coup de patte au chef des LR, c’est pour de nobles raisons : face à l’extrême droite, il choisit de préférer les intérêts de son pays à ceux de son parti. Quel gaulliste pourrait le lui reprocher ?



