Xi Jinping au centre du monde

par Régis Poulain |  publié le 25/05/2026

Démonstration de puissance, patience stratégique et rapports de force soigneusement mis en scène… Après avoir reçu successivement Trump et Poutine, Xi Jinping orchestre une séquence diplomatique faisant de Pékin le nouveau centre de gravité de l’ordre international.

Le président chinois Xi Jinping, lors de la rencontre avec le président américain Donald Trump, à Pékin, le 15 mai 2026. (Photo Evan Vucci / POOL / AFP)

La visite d’État de Donald Trump à Pékin, les 14 et 15 mai, a été différemment appréciée de part et d’autre de l’Atlantique. Le monde entier retenait son souffle, partagé entre l’espoir d’une entente tactique entre les deux premières économies mondiales et le risque d’une nouvelle escalade dans la guerre commerciale déclenchée par Trump mais habilement contenue par Xi Jinping. Au lieu d’une grande remise à plat ou d’un fiasco diplomatique, cette rencontre a surtout produit une ambiguïté utile aux deux camps.

Aux États-Unis, les réactions restent mitigées : seuls 46 % des Américains estiment que ce voyage a apporté davantage de positif que de négatif, selon un sondage de Fox News. Et 52 % considèrent que Xi Jinping a obtenu plus qu’il ne l’espérait. Donald Trump n’a ni réussi à convaincre Pékin de faire pression sur l’Iran ni signé les contrats spectaculaires qu’il promettait.

À l’inverse, les médias d’État chinois présentent cette visite comme un « point de bascule ». Pékin se félicite surtout de voir son président traité « d’égal à égal » avec son homologue américain — une reconnaissance hautement symbolique pour une nation longtemps marquée par les humiliations occidentales. Les commentateurs officiels saluent une relation « constructive », fondée sur la nécessité d’une « stabilité stratégique » entre les deux grandes puissances.

Taïwan, ligne de fracture stratégique

La reprise par Trump de certains éléments de langage chinois sur Taïwan a également été vécue comme une victoire par les « loups guerriers », ces nationalistes chinois particulièrement virulents. Depuis, Trump a toutefois affirmé qu’il appellerait le président taïwanais Lai Ching-te — ce qu’aucun président américain n’avait fait depuis la reconnaissance officielle de la République populaire de Chine.

Les deux pays n’attendaient en réalité pas la même chose. Les États-Unis recherchaient avant tout des accords économiques et politiques dans une logique transactionnelle fidèle à la « diplomatie du deal » chère à Trump. La Chine, elle, cherchait avant tout une reconnaissance de son statut de puissance centrale dans l’ordre international.

Plusieurs structures communes ont été créées afin de rendre les relations économiques moins conflictuelles. Un « Board of Trade » supervisera les échanges de biens jugés « non essentiels » — une manière commode d’éviter les sujets les plus sensibles, comme la dépendance américaine aux terres rares chinoises ou celle de Pékin aux microprocesseurs américains. Un « Board of Investment » servira également de canal de discussion direct entre les deux gouvernements sur les investissements stratégiques.

Poutine, Vučić : Pékin élargit son jeu

Cette rencontre était-elle donc un sommet inutile ? Sans doute pas. L’ambiguïté des résultats profite aux deux dirigeants, qui cherchent avant tout à gagner du temps. Mais, à terme, celui qui semble véritablement s’être imposé au centre du jeu est bien Xi Jinping.

À peine Donald Trump remonté dans Air Force One que Pékin annonçait déjà la visite de Vladimir Poutine pour la semaine suivante. La dissymétrie entre Moscou et Pékin n’a jamais paru aussi évidente : la taille impressionnante de la délégation russe contrastait avec la faiblesse des accords réellement conclus.

Les Russes souhaitent construire un nouveau gazoduc vers la Chine, mais Pékin fait pression pour obtenir des prix toujours plus bas, profitant pleinement du levier que lui offrent les sanctions européennes. La Chine accentue même cette pression en augmentant parallèlement ses importations de gaz naturel liquéfié américain.

Et cette intense valse diplomatique ne semble pas près de s’arrêter. Du 24 au 28 mai, le président serbe Aleksandar Vučić, figure autoritaire et nationaliste des Balkans, est à son tour reçu à Pékin pour renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays.

Après avoir parlé du monde avec Trump puis de l’Eurasie avec Poutine, Xi Jinping avance désormais ses pions vers l’Union européenne et les Balkans, confirmant un peu plus sa volonté d’apparaître comme le véritable maître du jeu géopolitique mondial.

Régis Poulain