Ben Gvir, le ministre qui abîme Israël

par Sébastien Lévi |  publié le 21/05/2026

En diffusant des vidéos de militants propalestiniens humiliés par les forces israéliennes, Itamar Ben Gvir a déclenché une vague d’indignation mondiale. Une nouvelle fois, les adversaires les plus radicaux d’Israël trouvent en la personne du ministre d’extrême droite un allié involontaire aussi précieux que toxique.

Cette capture d'écran, extraite d'une vidéo diffusée le 20 mai 2026 sur le compte X du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui crie sur un militant ligoté, après l'interception par les forces israéliennes des embarcations de la flottille et l'arrestation de centaines de militants étrangers. (Photo prise sur le compte X d'Itamar Ben Gvir / AFP)

Les vidéos humiliantes récemment publiées par le ministre israélien de la Sécurité intérieure d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, ont suscité une indignation mondiale — y compris en Israël, jusque dans les rangs du gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a notamment pris ses distances de manière très nette. Il a parfaitement compris combien ces images abîment encore davantage la réputation d’Israël, déjà fragilisée sur la scène internationale, en mettant à mal son image de démocratie respectueuse des droits et des procédures, y compris envers ses opposants les plus radicaux.

En ce sens, ces vidéos, en plus du traitement indigne réservé aux militants propalestiniens qui manifestaient pacifiquement, constituent un cadeau politique pour les adversaires les plus virulents d’Israël, qui contestent non seulement ses politiques, mais parfois jusqu’à son existence même.

L’antisionisme radical de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan, qui confine parfois à l’antisémitisme, trouve ainsi en Ben Gvir — artisan de la loi sur la peine de mort pour les terroristes palestiniens — un allié objectif.

Dans la vision du monde portée par Rima Hassan, Israël apparaît comme un État colonial, illégitime, raciste et fondamentalement oppresseur. Le pays est devenu à la fois le coupable absolu et un puissant accélérateur de visibilité médiatique et politique, sans que l’eurodéputée n’ait véritablement marqué le Parlement européen par un travail législatif significatif.

Un parcours marqué par la radicalité

Son pendant israélien, Itamar Ben Gvir, fut longtemps une figure marginale de l’extrême droite israélienne. Très jeune déjà, il gravitait autour des mouvances ultranationalistes les plus radicales et menaçait Yitzhak Rabin quelques semaines avant son assassinat. Son profil était si extrême qu’il fut longtemps surveillé par le Shin Bet, tandis que Tsahal refusa de l’intégrer dans ses rangs.

Loin de se modérer une fois nommé ministre de la Sécurité intérieure par Benyamin Netanyahou, Ben Gvir a multiplié les provocations. Il s’est notamment rendu à plusieurs reprises sur l’esplanade des Mosquées — le mont du Temple pour les juifs — tout en poussant la police à durcir la répression contre les manifestations opposées à la réforme judiciaire du gouvernement et à l’affaiblissement des institutions démocratiques israéliennes.

Hostile à tout compromis concernant les otages détenus par le Hamas, il n’a cessé de mépriser publiquement leurs familles, tout en alimentant une rhétorique toujours plus violente envers les Palestiniens. Figure avant tout médiatique, il a parallèlement laissé exploser la criminalité au sein de la population arabe israélienne, autant par idéologie que par incompétence.

Une image d’Israël fragilisée

Ben Gvir incarne ainsi un visage d’Israël que beaucoup d’Israéliens eux-mêmes ne reconnaissent plus, comme l’a très justement décrit Pierre Benoit. Ce nouvel Israël réjouit au plus haut point Rima Hassan et nourrit sa dénonciation obsessionnelle du pays. Il lui offre un angle d’attaque idéal — même profondément partiel et partial — en renforçant l’image d’un État raciste et brutal.

Cette banalisation de l’extrémisme dans le débat public israélien, contre laquelle s’élèvent pourtant de très nombreux citoyens, constitue d’ailleurs l’un des héritages les plus lourds de Benyamin Netanyahou. En refusant de limoger Ben Gvir malgré les scandales successifs, le Premier ministre israélien a transformé une figure autrefois marginale en représentant officiel de l’État israélien, contribuant ainsi à dégrader profondément l’image du pays.

En mettant lui-même en scène sa brutalité et son mépris des principes démocratiques à travers ces vidéos, Ben Gvir a provoqué une indignation salutaire qui pourrait pousser une partie des Israéliens à rejeter dans les urnes l’extrémisme devenu visible au sommet de leur État lors des prochaines élections prévues à l’automne.

Netanyahou comme Mélenchon apparaissent ici comme des apprentis sorciers ayant offert une visibilité et une légitimité injustifiables à deux figures radicales. D’une certaine manière, Rima Hassan et Itamar Ben Gvir représentent les deux faces d’une même pièce : celle de l’intolérance, de la négation de l’autre, du racisme politique et de la surenchère permanente. L’inculpation de Rima Hassan pour apologie du terrorisme ne fait d’ailleurs que renforcer ce parallèle.

Tous deux incarnent une époque où le clash remplace la nuance, où les effets de manche prennent le pas sur la compétence, et où l’absolutisme supplante le compromis. À ce titre, ils apparaissent comme deux symptômes particulièrement révélateurs des fractures traversant aujourd’hui les sociétés israélienne et française.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis