Trump : mou avec ses ennemis, dur avec ses alliés

par Sébastien Lévi |  publié le 02/09/2026

La rupture des négociations commerciales avec les États-Unis décidée par le Premier ministre canadien résulte directement de la diplomatie si singulière de Donald Trump : dure avec les alliés de l’Amérique et accommodante avec ses adversaires.

Le président Trump a signé un décret visant à rebaptiser le lac Ontario « lac America » dans le contexte d'une guerre commerciale en cours entre les États-Unis et le Canada, le 27 août 2026 dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. (Photo Andrew Harnik / Getty Images via AFP)

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a cessé de s’en prendre aux alliés traditionnels des États-Unis, après un premier mandat déjà marqué du sceau de la défiance. Après le discours offensif de J. D. Vance contre les Européens à la conférence de Munich en 2025, Trump n’a cessé de ferrailler contre l’Union européenne, le Royaume-Uni ou la France, avant de s’en prendre au Danemark, dont il voulait récupérer le Groenland, jusqu’à réduire les manœuvres militaires avec la Corée du Sud pour ne pas froisser son ami Kim Jong-un.

Le Canada, cible privilégiée de Donald Trump

Mais dans ce lâchage en règle des alliés traditionnels de l’Amérique, le Canada occupe une place tout à fait particulière, sans que l’on sache exactement d’où vient ce courroux. Lors de son premier mandat, Trump avait exprimé son agacement contre l’Union européenne parce que son golf en Irlande n’avait pas obtenu une autorisation en vertu d’une certaine législation, mais il n’existe aucune explication similaire, aussi ridicule que véridique, dans le cas canadien. Après avoir frappé le pays de droits de douane, Trump a menacé de bloquer un projet de pont entre les deux pays, avant de parler ouvertement d’annexer le Canada et d’en faire le 51e État américain. Après une accalmie passagère, les hostilités ont repris de plus belle avec la volonté de Trump de s’en prendre au bilinguisme du pays, touchant ainsi à son identité même et provoquant une réaction aussi ferme que salutaire du Premier ministre canadien Mike Carney.

Israël, une amitié à l’épreuve

L’État d’Israël a pu, lui aussi, se rendre compte de ce que valaient les promesses de Trump, dont la popularité est d’ailleurs en chute libre dans le pays. Le « meilleur ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche », selon les mots particulièrement flatteurs de Benyamin Netanyahou, a ainsi accordé le nucléaire civil aux Saoudiens sans obtenir en échange, malgré ses dires, la normalisation avec Israël — condition posée par Joe Biden —, affirmé sa volonté de vendre des F-35 à la Turquie, laissé signer un accord entre le Pakistan, la Turquie et l’Arabie saoudite, multiplié les ouvertures envers le régime iranien entre deux mises en garde, sans oublier d’admonester publiquement Netanyahou. Si un président démocrate avait commis ne serait-ce qu’une partie de ces lâchages, les droites américaine et israélienne, étrangement silencieuses ici, auraient crié à la trahison, voire à l’antisémitisme…

Les adversaires géopolitiques des États-Unis peuvent doublement se réjouir de cette attitude : d’abord de la mansuétude de Trump à leur égard, mais surtout parce que le lâchage des alliés fragilise ces derniers et offre de nouvelles opportunités à leurs adversaires. Qui peut croire, à l’aune de ces trahisons, que Trump interviendra demain pour sauver Taïwan d’une invasion chinoise, la Pologne d’une attaque russe ou la Corée du Sud d’une attaque nucléaire de son voisin du Nord ?

La parole américaine en question

La politique de Trump pourrait conduire ces régimes à profiter de la fenêtre d’opportunité que constitue sa présidence, imprévisible, dure avec ses alliés et volontiers conciliante avec ses adversaires. Et il est peu probable que le voyage du patron de la CIA à Moscou suffise à dissiper cette impression. La parole des États-Unis est aujourd’hui si démonétisée qu’elle apparaît comme une invitation à passer à l’action ou, à tout le moins, à tester la résolution d’un pays dirigé par un homme aussi brutal qu’inconstant, prêt à sacrifier ses alliances pour des promesses incertaines ou la défense de ses intérêts financiers et de ceux de sa famille. Attention, danger.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis