Donald finira-t-il en canard boiteux ?

par Sébastien Lévi |  publié le 16/09/2026

La convention républicaine pré-midterms a une nouvelle fois illustré le besoin viscéral de Trump d’être au centre du jeu et de l’attention des médias, quitte à faire perdre son camp et à compliquer la tâche de ses successeurs potentiels.

Donald Trump, après son discours à la convention du Comité national républicain pour les élections de mi-mandat, à Dallas (Texas), le 10 septembre 2026. Les républicains américains sont confrontés à des perspectives électorales sombres, après les taux d'approbation négatifs du président. (Photo Brendan SMIALOWSKI / AFP)

C’est presque une loi de la politique américaine : les élections de mi-mandat sont historiquement défavorables au parti du président. La mobilisation de son camp y est généralement plus faible, notamment parce que le président lui-même n’est pas sur le bulletin de vote, tandis que celle de l’opposition est maximale : il s’agit de lui imposer un contre-pouvoir au Congrès.

L’actuel locataire de la Maison-Blanche supporte difficilement de ne plus occuper le centre de la scène. Cette convention des midterms, la première du genre dans l’histoire du pays, répondait d’abord à cet impératif. Elle a d’ailleurs tourné au « Trump show », entre contrevérités, outrances et glorification du grand homme par tous les orateurs, à commencer par lui-même. Elle servait aussi un objectif politique : remobiliser sa base et tenter ainsi de combler le déficit de participation entre les deux camps. Au risque, immense, de renforcer encore la détermination de ses opposants à aller voter. Mais Trump, qui bat des records d’impopularité, semble décidé à le prendre.

Trump contre l’après-Trump

Outre-Atlantique, un président dans son second mandat devient un « lame duck », littéralement un « canard boiteux » : un président en fin de course, dont le pouvoir s’étiole à mesure qu’approche sa succession. Le phénomène s’accentue après les élections de mi-mandat, qui ouvrent de facto le cycle de la présidentielle suivante. Cette perspective est insupportable à Trump, qui peine à envisager sa propre obsolescence politique. C’est aussi à cet aune que l’on peut comprendre, au-delà de ses penchants autocratiques, son obsession à laisser courir l’idée d’un troisième mandat, pourtant expressément interdit par la Constitution américaine.

Cette réalité, autant psychologique que politique, explique que Trump n’ait pas laissé J. D. Vance clôturer cette convention, contrairement à ce qui avait été annoncé. Le vice-président, que Trump n’hésite pas à tancer, se trouve dans une situation particulièrement difficile. Héritier putatif naturel d’un président qui ne peut se représenter, il est aussi une cible privilégiée du courroux de Trump, qui voit en lui le reflet de ce qu’il ne veut pas voir : l’après-Trump.

Succéder sans offenser : un numéro d’équilibriste

Autre successeur potentiel, Marco Rubio semble d’ailleurs avoir compris le danger et refuse de répondre sur ses ambitions présidentielles. Cette prudence est sans doute plus avisée face à un personnage aussi imprévisible que Trump, dont le rapport au pouvoir laisse peu de place à l’idée de succession et rappelle ces chefs d’entreprise incapables de passer la main et de préparer la suite.

Pendant que les successeurs potentiels de Trump chez les républicains rivalisent de prudence pour ne pas le brusquer ou l’offenser, les démocrates se mettent déjà en ordre de bataille pour lancer leur campagne officieuse dès la fin de cette année. Cette configuration, autant politique que personnelle, pourrait leur donner un avantage certain en vue de 2028 : ils pourront occuper le terrain médiatique et politique tandis que les prétendants républicains devront encore composer avec Trump.

2028 n’attendra pas Trump

L’alternance à la présidence, qui semble devenir la norme sur le modèle d’autres démocraties occidentales, place déjà les démocrates dans une position favorable. La perspective de faire perdre son camp à la prochaine présidentielle, comme lors des midterms, ne semble guère préoccuper Trump. Pour lui, la politique n’est pas un moyen de faire gagner son pays, ni même son camp et ses idées – assez élastiques pour la plupart –, mais de servir sa propre gloire et son sentiment d’être irremplaçable. Cette incapacité à envisager un pouvoir qui lui survive pourrait bien être aujourd’hui le talon d’Achille des républicains.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis