Harpgate : une assistante très personnelle

par Sébastien Lévi |  publié le 01/09/2026

Les rumeurs autour de Natalie Harp, l’assistante personnelle de Donald Trump, pourraient n’être qu’un vaudeville de plus à la Maison-Blanche. Elles disent pourtant quelque chose de plus sérieux sur la crédibilité de la présidence américaine aujourd’hui.

Le président américain Donald Trump et sa collaboratrice Natalie Harp descendent du Marine One, près de la Maison Blanche, le 16 août 2026. (Photo Mandel NGAN / AFP)

La loyauté a toujours été un critère essentiel pour Trump, plus encore depuis le début de son deuxième mandat, sans qu’elle soit jamais récompensée par l’intéressé. Avec Natalie Harp, qui le suit aujourd’hui comme son ombre, y compris dans le vol secret pris pour échapper aux Iraniens, il n’est plus seulement question de loyauté, mais d’une dévotion presque christique. La lettre qu’elle lui a adressée en 2023, depuis rendue publique, est à cet égard profondément troublante.

Natalie Harp au plus près de Trump

Dans cette lettre, la jeune femme indique à Trump qu’il est « tout ce qui compte pour moi » et le « remercie d’être son Gardien et son Protecteur » — avec les majuscules. C’est donc une jeune femme en pamoison, sans aucune expérience, qui accompagne aujourd’hui le président partout, a accès à ses réseaux sociaux et filtre ce qu’il lits, jusqu’aux notes de son entourage. La situation est d’autant plus préoccupante que sa vigie habituelle, la secrétaire générale de la Maison-Blanche, Susie Wiles, est malade et n’exerce plus ce rôle si important.

Au-delà de son aspect cancanier, l’affaire porte un nouveau coup à la crédibilité de Trump et, avec elle, à celle des États-Unis. Elle illustre une fois encore la décapilotade du pouvoir américain : des institutions défaillantes, une toute-puissance présidentielle qu’elles ne parviennent plus à contenir et l’absence de garde-fous capables d’éviter ce genre de situations.

La crédibilité américaine en question

Cette perte de crédibilité survient alors que les tensions géopolitiques se multiplient. La Chine, la Russie ou la Corée du Nord, adversaires « théoriques » des États-Unis dont Trump ne cesse pourtant de flatter les dirigeants, observent avec gourmandise une présidence en déshérence, sans cap ni vision stratégique, en Iran comme ailleurs, soumise aux humeurs d’un vieil homme irascible chaperonné par une admiratrice légèrement illuminée. On frémit d’ailleurs à l’idée qu’un déclin majeur des capacités cognitives du président puisse ne pas être remarqué ou, surtout, signalé dans cette atmosphère de cour, de flatterie et d’incompétence qu’incarne Harp, mais qui la dépasse largement.

Une influence qui reste fragile

L’influence actuelle de Harp, symptôme plutôt que cause d’une présidence dysfonctionnelle, n’est pourtant ni absolue ni garantie. Le tempérament volcanique de Trump et son ego pourraient le pousser à la congédier s’il juge sa présence politiquement préjudiciable, ou si elle finit par le faire apparaître comme un vieux monsieur gâteux bordé par une jeune femme ambitieuse. Son ego pourrait alors reprendre le dessus sur sa dévotion.

Le sort de la première puissance mondiale reste ainsi plus que jamais à la merci des lubies et des désirs changeants d’un seul homme : un président instable, égotique et incompétent, entouré de conseillers apeurés et sycophantes.

Loin, très loin de ce qu’avaient imaginé les Pères fondateurs lorsqu’ils posèrent les bases et les institutions du nouveau pays en 1776 et dans les années qui suivirent…

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis